Dimanche, l’école Edmond-Desbrosse, à Kaméré, était durement touchée par des dégradations. En fait, une école de la ville est « attaquée » pratiquement chaque semaine. Pourquoi les écoles ? Et quelles solutions ?
Si les dégradations spectaculaires subies par l’école Edmond-Desbrosse ont attiré l’attention par leur ampleur, les établissements scolaires sont en fait violemment visités, « à peu près tous les deux week-ends », d’après Jean-Christophe Barthélémy, chef de la subdivision écoles à la mairie. Surtout lors des longs week-ends et des vacances.
À Rivière-Salée, l’école Mauricette-Devambez est l’une des plus touchées. Son directeur, Thierry Armien, ne peut que constater les dégâts. « Dix carreaux cassés cet été, une porte défoncée, un robinet arraché, beaucoup de tags… » Ainsi, la cantine, repeinte en décembre, a subi une deuxième couche, moins officielle et peu esthétique. L’école a toutefois un avantage : contrairement à celle de Kaméré, isolée, elle est « entourée de maisons, donc, dès que ça sonne, ils s’en vont. » Ce qui n’empêche pas la casse. Le week-end dernier, des petits malins ont fait passer un jet d’eau dans la cantine et l’ont inondée. Pour ne pas être vus, des néons avaient été cassés préalablement. Cet été, un extincteur a aussi été vidé dans une salle de classe. Et de grosses pierres sont régulièrement lancées sur le toit de la cantine. « On se sent impuissant. »`
Pourquoi attaquer l’école ? « C’est ça qui est incompréhensible… Les enfants en échec scolaire n’ont pas une bonne vision de l’école, ils ne la respectent pas. » Un symbole pris pour cible, mais pas seulement : pendant les vacances, l’école est surtout un espace vide et bien doté en matériels divers. La tentation pointe alors son nez.
« Le comble du désœuvrement »
« C’est le comble du désœuvrement, poursuit Thierry Armien. Les gens n’ont rien à faire, alors ils font n’importe quoi. » Et d’évoquer, entre autres raisons au phénomène, une carence dans l’éducation : « Des gamins d’une dizaine d’années sont livrés à eux-mêmes, et traînent le soir. »
Quelles solutions ? Chacun a la sienne. « Une trentaine d’écoles ont été équipées en alarme anti-intrusion, indique Jean-Christophe Barthélémy, et chaque année on en équipe deux ou trois de plus. » Quand l’alarme se déclenche, un vigile rapplique « dans les cinq minutes ». « Il faudrait peut-être accentuer les rondes des agents de police », suggère le technicien municipal.
Hier matin, Michel Vittori, adjoint au maire chargé des écoles, s’est réuni avec les services municipaux pour trouver des solutions. La réflexion se poursuit.
« J’aimerais que l’on crée des travaux d’intérêt général pour ces délinquants mineurs, pour qu’ils réparent leurs dégradations, propose le directeur de l’école Devambez. On fait en sorte que les gamins de l’école ne deviennent pas comme ça plus tard. C’est un travail à long terme. »
Thierry Le Berre, président de la Fédération pour l’accompagnement et le soutien de l’enfance (Fase), insiste, lui, sur la nécessité de prendre le problème en amont. « Il faudrait des animateurs, sportifs mais pas seulement, dans le quartier pour les encadrer, les occuper, leur donner des projets, les responsabiliser. Les enfants sont demandeurs. » Car, pendant les vacances, les jeunes, notamment les collégiens, n’ont pas d’activités : les centres aérés et les maisons de quartier s’adressent davantage aux moins de 12 ans. Et ce ne sont pas eux qui posent problème. Mais, prévient-il, « ça ne peut pas reposer que sur du bénévolat. Ça ne coûterait pas des millions. » De toute manière, « on ne peut pas mettre un flic derrière chaque gosse ». « Ces gosses ne sont pas méchants, insiste Thierry Le Berre, c’est l’oisiveté qui provoque les délits. »
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