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  Nouvelle-Calédonie > Mines - 24/04/2008    
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Poker menteur autour de Goro Nickel
Confronté à de sérieuses difficultés, l’industriel laisse planer le doute quant à son intention de poursuivre les travaux de construction de son usine. A six mois de la mise en route effective du complexe hydrométallurgique, la situation n’a jamais été aussi tendue.

Cinq mille personnes quotidiennement à l’œuvre sur le plus gros chantier métallurgique du monde, des milliers de sous-traitants directement dépendants de son activité, plus de 3 milliards de dollars US (245 milliards de francs) engagés à ce jour, un terminal portuaire flambant neuf, une centrale électrique de 50 MWatts, un convoyeur géant de 1,5  km, une usine hydrométallurgique révolutionnaire et bientôt… un panneau « travaux suspendus » attaché à la grille d’entrée : voilà à quoi pourrait ressembler dans quelques semaines le chantier de Goro Nickel. Info ou intox ? Officiellement, rien ne transpire du côté de l’industriel. Officieusement, tout est fait pour que la menace soit prise au sérieux.
Lassé des polémiques entretenues autour du tuyau chargé de diffuser les effluents liquides de l’usine dans le lagon, déçu par le manque d’implication des politiques locaux, démuni face à la détermination et l’influence grandissante du comité Rheebu Nuu et des associations de défense de l’environnement, le conseil d’administration de Goro Nickel — et derrière lui son actionnaire majoritaire Vale — commenceraient à se poser des questions sur « la viabilité globale du projet », rapporte un écho paru dans la presse spécialisée. « La vraie question, c’est de savoir s’il s’agit là d’une manœuvre destinée à forcer la main des acteurs politiques afin qu’ils prennent position ou si la menace est réelle », estime un familier du dossier.

« Goro Nickel a perdu la main en décidant d’arrêter la pose du tuyau »

Du côté de Goro Nickel, on refuse de s’impliquer officiellement : ni Phil du Toit, directeur général, ni Jeff Zweig, directeur délégué, ne veulent s’exprimer. Mais la maison laisse abondamment transpirer les informations, dont celle-ci : le dossier serait entre les mains des dirigeants de Vale, lesquels étudient toutes les possibilités y compris celle d’une suspension du chantier. Le géant brésilien, qui était prêt il y a quelques semaines encore à déposer 90 milliards de dollars US sur la table pour s’offrir le Suisse Xstrata, peut largement se permettre de suspendre momentanément un projet à 3 milliards. Surtout si les vraies raisons de cette suspension peuvent être escamotées au passage  : « Franchement, si j’avais quelques soucis avec ma centrale électrique, si j’avais un peu de retard sur mon planning industriel et si la mise en route de mon procédé demandait encore quelques ajustements, je mettrais bien la responsabilité de l’arrêt du chantier sur le dos des associations écologistes », analyse avec cynisme un spécialiste du secteur.
Rien ne permet d’étayer cette hypothèse. Mais rien ne permet non plus de l’infirmer. Seule certitude : la situation se tend autour de l’usine du Sud. L’autorisation d’exploitation doit être délivrée (ou non) aux alentours du mois de juillet, les premiers tests de production sont programmés pour le mois d’août et la mise en route effective de l’usine est toujours prévue pour le mois de novembre prochain. Or, « Goro Nickel a perdu la main en décidant d’arrêter la pose du tuyau, estime une source proche du dossier. Dans ce genre de cas, il faut finir ce que l’on a commencé. La pire chose à faire, c’est de s’arrêter au milieu du gué : c’est un signal qui revient à dire aux opposants : je reconnais votre capacité de nuisance. » Chez Goro, on se défend en disant que le souci de l’entreprise est d’ « éviter toute forme de conflit ou de situation pouvant engendrer une quelconque forme de violence. »
Alors que peut-il se passer demain ? Pour Vale, on l’a compris, la suspension du chantier n’aurait rien de dramatique. Pour la Calédonie, l’effet serait plus sensible même si la démobilisation des effectifs était de toute façon programmée pour les mois à venir. En la matière, une suspension des travaux ne ferait qu’accélérer un processus inéluctable. Aux yeux des investisseurs étrangers en revanche, la Calédonie ne ferait que conforter son image de territoire à risque pour les industriels. Une publicité fâcheuse alors que le chantier de l’usine du Nord vient de connaître ses premières tensions.

 

Le géant brésilien, qui était prêt il y a quelques semaines encore à déposer 90 milliards de dollars US sur la table pour s’offrir le Suisse Xstrata, peut largement se permettre de suspendre momentanément un projet à 3 milliards. - Marc Le Chélard

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