Le tribunal de Koné a examiné, hier, la demande en référé de levée des barrages formulée par la société des mines Cap Bocage à l’encontre de l’association Mèè Rhaari. La décision sera rendue cet après-midi.
« Qu’est-ce qui empêche que les travaux commencent ? » Cette simple question du juge Rodriguez, hier, à l’issue du référé engagé par la société des mines de Cap Bocage contre l’association Mèè Rhaari , parle d’elle-même. Alors que la société minière demande la levée des barrages posés par l’association, le bras de fer qui oppose depuis quatre mois les deux protagonistes pourrait en effet tourner à l’avantage de Mèè Rhaari . Cependant, les débats qui se sont déroulés en fin de matinée, au tribunal de Koné, ont surtout mis en lumière la complexité de ce dossier. Dans ce jeu de poker menteur, les faits sont pourtant reconnus de part et d’autre. Personne ne nie en effet la coulée de boue qui s’est déversée de la mine Monéo sur le platier, le 2 janvier 2008. Personne ne conteste non plus la responsabilité de l’entreprise minière. Mais voilà, une fois qu’on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose.
Quatre mois après les faits, les 21 000 tonnes de boue, ou du moins ce qu’il en reste, sont toujours sur le platier. Et les spécialistes parlent déjà, chiffres à l’appui, de véritable catastrophe écologique, à la fois pour le lagon, mais aussi pour sa faune et pour sa flore. Forte de ces constats, Maître Moresco, l’avocate de l’association, s’est employée à démontrer l’« absurdité » de la procédure entreprise par les établissements Ballande. Selon elle, ceux-ci « se moquent du monde et jouent la montre en espérant que la nature fasse son travail à leur place ». Toujours selon maître Moresco, l’entrepreneur ne poursuit qu’un seul et même but : « Faire en sorte de poursuivre son activité commerciale sans se soucier de ce littoral qu’on essaie de faire classer au patrimoine mondial. »
« L’association n’est pas seule à mener ce combat »
Pour maître Baudry, l’avocate de l’entreprise minière, l’action de l’association Mèè Rhaari s’est limitée jusque-là à « des blocages, des revendications et un immobilisme flagrant », alors que celle de son client a consisté en des chargements - même en nombre insuffisant - de bateaux, en la nomination d’un expert et en la signature d’un accord tripartite entre Mèè Rhaari, la société Endel et elle-même. C’est justement cet accord qui pourrait faire pencher la balance en faveur de Mèè Rhaari. Maître Moresco l’a d’ailleurs largement exploité, rappelant que la société Ballande s’était engagée, dès le 6 février dernier, à « une réparation en urgence de la catastrophe » et que l’entreprise Endel avait, depuis, rendu une étude technique faisant le point sur les travaux à réaliser et les moyens à engager.
Florent Eurisouké, le président de l’association autochtone de sauvegarde de la nature Mèè Rhaari, appelé par le juge à expliquer les raisons du nouveau blocage de la mine, a enfoncé le clou : « Si nous n’avions pas agi, rien n’aurait jamais été fait. Aujourd’hui, je peux aller enlever les deux fûts qui bloquent symboliquement l’entrée, mais le blocage coutumier existe bel et bien. L’association n’est pas seule à mener ce combat. Elle est soutenue par les coutumiers et par tous ceux et toutes celles qui veulent préserver leur environnement. »
Venu avec une cinquantaine de sympathisants dont deux membres de chacun des quatorze clans de Ba-Kaora, il demande que « les travaux d’enlèvement des gravats soient réalisés de suite avec une astreinte d’un million de francs par jour de retard ». De son côté, la société des mines de Cap Bocage sollicite une libération immédiate des lieux avec une astreinte d’un million de francs par jour de retard. Le juge Rodriguez doit rendre sa décision aujourd’hui, à 15 heures.
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