Terminé le temps où les opérateurs miniers se contentaient d’exploiter les gisements sans forcément penser aux conséquences écologiques de leur activité. L’accident survenu à la mine de Monéo, à Houaïlou, a créé un précédent. Les élus provinciaux l’ont fortement rappelé hier matin.
« Les comptes rendus dans les médias ont pu laisser croire que la province Nord n’avait rien fait pour l’histoire de la pollution occasionnée par la mine de Monéo. Il n’en est rien. Depuis le début, la province Nord tente, dans la limite de ses attributions, d’aider à la résolution du conflit. » Hier matin, lors de la trente et unième session provinciale, le président Néaoutyine a tenu à faire une mise au point quant à l’affaire de la mine de Houaïlou. « Notre service compétent, en l’occurrence le service des mines, n’a pas été accepté à la réunion contradictoire organisée entre l’association Mèè Rhaari et les établissements Ballande en fin de semaine dernière. Dans ces conditions, on ne peut pas faire grand-chose. »
La province a tout de même actionné tous les leviers possibles. En début de semaine, elle a ainsi déposé trois recours : deux en référé, dont un en référé conservatoire pour l’enlèvement des éboulis et la réparation des dégâts sous peine d’astreinte, un autre, plus traditionnel, au tribunal administratif qui requiert une contravention de grande voirie. L’issue des deux premiers devrait être connue d’ici une dizaine de jours.
Thomas Leplat, le représentant de la Direction des mines de Nouvelle-Calédonie appelé à s’exprimer devant les élus, a notamment rappelé que « dès survenance de l’éboulement, l’exécutif provincial a ordonné à l’exploitant un certain nombre de mesures visant à la sécurisation de la mine ainsi que la présentation d’une solution technique pour l’enlèvement des déblais sur le platier ».
Bien que non-signataire du protocole d’accord du 6 février « mais désireuse d’initier une reprise du dialogue entre les parties », la province a également proposé une réunion afin d’entériner la solution technique qu’il convenait de retenir.
Aux dernières nouvelles, le groupe Ballande a indiqué, par courrier du 23 avril, qu’elle donnait finalement ordre à Endel de procéder à l’exécution des travaux sans attendre le résultat de l’expertise commanditée par le tribunal. Seul problème, le site est bloqué depuis mercredi dernier et les travaux suspendus, y compris ceux relatifs à la sécurisation de la mine.
« La municipalité de Houaïlou a joué son rôle en prenant un arrêté »
Trois bateaux de latérites ont bien été chargés depuis le début de l’année, mais le plus gros des 21 000 tonnes de boue tombées sur le platier restent donc ou sur zone ou dans le lagon. « Plus on attend, plus ça devient grave », a commenté Daniel Poigoune, le premier vice-président de la province.
Quant à la question de Bernard Lepeu de savoir si la mairie de Houaïlou avait compétence pour faire bouger les choses, la réponse de Jean-Marc Bédier, le commissaire délégué, a été on ne peut plus claire : « Cette affaire fait intervenir deux compétences : celle concernant l’environnement, qui est provinciale, et celle sur la sécurité civile, notamment concernant la protection des personnes, qui est de la responsabilité du maire. Sur ce dernier point, la municipalité a joué son rôle en prenant un arrêté interdisant la circulation des personnes en contrebas de la mine. »
Parallèlement, Valentine Eurisouké, le maire de Houaïlou, a confirmé qu’elle continuait à jouer un rôle de médiation. C’est ainsi qu’elle doit rencontrer, aujourd’hui, les coutumiers de la tribu de Ba et les membres de l’association Mèè Rhaari, et lundi après-midi, des représentants des établissements Ballande.
Une chose est sûre aujourd’hui : rien ne sera jamais plus comme avant l’accident de Monéo pour les opérateurs miniers. Thomas Leplat, le représentant de la Dimenc, n’a pas manqué d’insister sur ce point : « Nous continuons de suivre Monéo, mais aussi tous les opérateurs miniers sur l’ensemble du territoire. » Surtout après les fortes pluies de ces dernières semaines qui ont provoqué des éboulements un peu partout, notamment à Poya, sur la mine Pinpin, et à Koumac, sur la mine de Tiébaghi…
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