Conservateur du musée du quai Branly pour la région Océanie-Insulinde, Philippe Peltier vient de passer une semaine à Nouméa. Il juge que les collections d’art kanak du musée de Nouvelle-Calédonie sont parmi « les plus belles au monde ».
Placé sous le haut patronage de l’Unesco, musée des « arts premiers » dédié aux civilisations et au patrimoine de peuples parfois tenus à l’écart de la culture actuelle de la planète, le musée du quai Branly dispose dans ses collections de quelque 300 000 objets d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. La plupart viennent du musée de l’Homme ; les autres du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie. Ce n’est pas tout à fait la caverne d’Ali Baba que l’on pourrait croire ; beaucoup de ces objets appartiennent à des collections d’étude, et n’ont pas grand intérêt esthétique. Une toute petite partie seulement est exposée (3 500 objets) mais toutes les pièces ont été dépoussiérées, photographiées, numérisées et stockées, ce qui a pris cinq ans à 80 personnes !
Sur le Pacifique, le musée du quai Branly dispose d’importantes collections originaires de Papouasie-Nouvelle-Guinée et du Vanuatu. Il accueille aussi quelque trois mille objets de Nouvelle-Calédonie, datés pour la plupart de la fin du XIXe siècle : beaucoup d’armes, une remarquable collection de masques et une autre tout aussi belle de flèches faîtières. Une collection « étonnante de qualité », selon Philippe Peltier, le responsable de l’unité patrimoniale Océanie-Insulinde au quai Branly.
« Une collection de poteaux de case dont personne au monde n’a l’équivalent »
Est-ce à dire que nos plus belles pièces ont toutes quitté leur sol natal ? Non, répond Philippe Peltier, présent la semaine dernière à Nouméa pour les dix ans du centre Tjibaou, avant de participer cette semaine à Port-Vila, comme observateur, à une réunion de la Pima, l’association des musées du Pacifique.
« J’ai toujours été étonné par la qualité des pièces que l’on trouve au musée de Nouvelle-Calédonie, explique le conservateur du quai Branly. Il y a indiscutablement, ici, une extraordinaire collection, une des plus belles au monde sur l’art kanak. Elle est absolument étonnante car elle couvre tous les champs d’objets et d’activités qui y sont liés. Il manque peut-être quelques pièces, comme une très grande hache ostensoir, mais il y a ici une planche à divination entière, alors qu’à Paris on n’en a qu’une moitié. Le musée de Nouvelle-Calédonie possède également une collection de poteaux de case dont personne au monde n’a l’équivalent. »
Au cours de son séjour calédonien, Philippe Peltier a participé à plusieurs séances de travail avec les responsables du musée de Nouvelle-Calédonie. Rien d’officiel, mais le musée du quai Branly, souligne son conservateur pour l’Océanie, a « une politique très affirmée de relations en réseau avec de nombreux musées, et se montre très ouvert à une politique de dépôts de pièces à long terme ». C’est d’ailleurs lui qui a pris la relève du musée de l’Homme pour fournir le centre Tjibaou en objets d’art kanak. Enfin, a souligné Philippe Peltier, le musée du quai Branly peut apporter son expertise, muséographique mais aussi sur ce qui fait sa spécificité. Il se veut en effet un « lieu où dialoguent les cultures », avec un département recherches où passent 360 étudiants par semaine et une branche « université populaire » capable de fournir au public toute une gamme d’activités, via des expositions, des ateliers, des visites et des spectacles.
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