Bien plus qu’un match, c’était une fête. Une fête superbe, à la hauteur de l’amour que porte le peuple calédonien à sa vedette, et vice versa. Récit, heure par heure, d’une après-midi dont la Nouvelle-Calédonie se souviendra longtemps.
14h18 - Les portes s’ouvrent. Sous une pluie fine, l’ambiance est bon enfant. On se plie au jeu de la fouille, sans agressivité ni bousculade. Pour les bénévoles, reconnaissables à leur tee-shirt rouge, le marathon commence. Il s’agit d’indiquer à chacun comment accéder à sa place. Les sièges sont trempés, alors le programme du jubilé se transforme en coussin protecteur.
Il y a comme de l’électricité dans l’air : un mélange d’excitation et de concentration.
14h47 - Sur l’écran (presque) géant, on lance le fameux documentaire Les yeux dans les Bleus. La voix d’Aimé Jacquet retentit dans le stade.
Dans un coin du stade, les 180 membres de la Banda Momo, tout de rose vêtus, se préparent, s’échauffent, se maquillent.
Autour du stade, des gens se postent sur les balcons des petits immeubles. Sur l’un d’entre eux, un drapeau bleu-blanc-rouge affiche « Allez les Bleus ».
15h08 - Elisa, 17 ans, venue de Canala, est là depuis l’ouverture des portes. Pas grave d’attendre sous la pluie : « Ils ne viennent qu’une fois ! » Pour patienter, elle triture son « tap-tap », des bâtons gonflables, dont les plus petits raffolent : ça fait du bruit, et ça réchauffe.
15h32 - Une centaine de footballeurs en culotte courte se regroupent sous une tribune. Ils sont partis de Koumac à 7 heures et repartiront dans la nuit. « Ils sont vraiment excités, je ne peux plus les tenir ! », sourit Michel, entraîneur de l’AS Grand Nord, qui les encadre.
16h30 - Les unes après les autres, les vingt équipes ayant participé au festival de la jeunesse océanienne sont remerciées. Les petits Fidjiens, vainqueurs de l’épreuve, répondent par un haka.
16h59 - Voilà les Bleus ! Les flashs crépitent, c’est la folie dans le stade, qui crie et applaudit à tout rompre. Les Bleus forment une haie d’honneur pour l’entrée du héros du jour.
17h18 - Début du spectacle de Sthan Kabar-Louët avec 160 danseurs de Tahiti, de Wallis et Lifou, qui investissent l’ensemble du terrain et dansent sur de la musique classique et de l’opéra. Etonnant, et grandiose. « Ça donne la chair de poule », souffle une dame, les yeux grands ouverts.
Un petit garçon arrive alors sur le terrain, un ballon dans ses bras tendus. Il jongle puis frappe la balle vers… Christian Karembeu, qui déboule du tunnel, puis échange quelques dribbles avec le gamin, au milieu du terrain. Magique.
17h32 - Les danseurs forment une haie…où s’engouffrent les Bleus, Zidane en tête.
17h52 - Avec le premier but de Robert Pirès, le public se réveille vraiment. Les touches de balle pleines d’aisance de Zidane, cette fois très motivé, l’envie de Karembeu et les arrêts de Lama sont appréciés.
18h25 - Mi-temps. Le terrain est investi par la Banda Momo. Derrière la tribune couverte, sur le promontoire du salon VIP, Adriana Karembeu fume une cigarette, juste à côté de Philippe Gomès. Les yeux levés, les adolescents n’en ont que pour la blonde.
18h55 - L’ambiance a nettement grimpé, le stade jubile littéralement. Il faut dire que Zidane vient de marquer son premier but et que Karembeu a été remplacé par Kombouaré. Entre les deux, pas de tape dans la main, mais une bise de circonstance.
19 heures - La folie se confirme. Pour la première fois à Numa-Daly, une superbe et durable ola fait le tour du stade. Les programmes sont réduits en confettis, lancés au ciel.
19h07 - « Zizou, Zizou ! », puis ovation pour Karembeu, qui refait son apparition, cette fois sous les couleurs océaniennes. La fête n’en sera que plus grande quelques minutes plus tard pour son premier et unique but. En tribune G, une banderole est déployée : « Merci Christian et les Bleus pour ces moments magiques ».
19h33 - Coup de sifflet final, mais seul le match se termine. Venus de Canala, des danseurs de pilou entrent sur le terrain. Un pilou qui finalement se dansera sur fond de « I will survive », une drôle de scène durant laquelle les joueurs déploient un immense manou et font un tour de stade.
Karembeu se joint au pilou, et brandit une lance traditionnelle, tandis que le feu d’artifice débute. Et prend enfin le micro : « Enfin, ce soir, la Nouvelle-Calédonie est championne du monde ! » Après un discours émouvant, où il rend hommage aux anciens et à la coutume, il dit sa joie de fouler ce terrain « de Kanaky pour certains, de Nouvelle-Calédonie pour d’autres ». Tous les spectateurs, sans exception, sont debout, ovationnant le plus célèbre des Calédoniens. Et Karembeu d’exprimer, à son tour, sa gratitude : « Merci ! Merci ! Merci ! »
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