| « L’identité dans un destin commun » |
S’il convient de « faire mémoire » et de « reconnaître les fautes », il faut aussi envisager un nouvel avenir. « La décolonisation, ont estimé les signataires, est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps. » Les autres communautés sont aussi concernées : « Elles ont acquis par leur participation à l’édification de la Nouvelle-Calédonie une légitimité à y vivre et à continuer à contribuer à son développement. Elles sont indispensables à son équilibre social et au fonctionnement de son économie et de ses institutions sociales. »
Au final, « si l’accession des Kanak aux responsabilités demeure insuffisante et doit être accrue par des mesures volontaristes, il n’en reste pas moins que la participation des autres communautés à la vie du Territoire lui est essentielle ».
Le préambule flirte ainsi avec une notion modernisée du « deux couleurs, un seul peuple » de la vieille Union calédonienne lorsqu’il affirme qu’il est « aujourd’hui nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun ».
Les Accords de Matignon avaient manifesté la volonté de tourner la page de la violence et du mépris pour écrire des pages de paix, de solidarité et de prospérité. Dix ans plus tard, affirme le préambule, « il convient d’ouvrir une nouvelle étape marquée par la pleine reconnaissance de l’identité kanak et par un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté ».
Une dernière phrase du préambule, avant la présentation des grandes lignes de ce qui est depuis dix ans notre système institutionnel, résume l’esprit consensuel de l’accord de Nouméa : « Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun. La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans cette voie. »
C’est la phrase la plus citée du préambule, celle qui a peut-être été la mieux retenue. Peut-on y croire ? Les partenaires ont-ils durablement accepté, pour les uns, l’idée du traumatisme de la colonisation et, pour les autres, la légitimité de tous à vivre sur cette terre ?
« Le préambule dit pourquoi l’accord de Nouméa était nécessaire, observe Alain Christnacht. Et le fait qu’il ait pu être écrit à trois mains constitue peut-être la garantie la plus forte du maintien de son esprit et de sa bonne application. »
« Il y a de la grandeur dans ce texte, considère Michel Rocard. Je ne connais pas de cas où l’acte de décolonisation porte sur l’histoire un jugement d’une telle rectitude. »
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