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  Provinces > Province Nord > Houaïlou - 30/06/2008    

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Valentine Eurisouké : « Il faut occuper les jeunes »
Valentine Eurisouké est l’une des trois femmes à avoir été élue maire en province Nord. Près de quatre mois après sa prise de fonctions, elle parle de ses projets pour Houaïlou, de la dépollution du platier et des problèmes de délinquance.

Les Nouvelles calédoniennes : Comment s’est déroulée votre prise de fonctions ?
Valentine Eurisouké :
Elle a commencé sur les chapeaux de roue ! J’étais élue le vendredi et dès le dimanche, j’avais les pieds dans la boue. Avec les grosses pluies qui sont tombées ce week-end-là, il a fallu intervenir de toute urgence sur le réseau routier situé entre le village et le district Nébuyo.

LNC : Et depuis ?
V.E. :
Les choses se sont calmées. J’ai pu prendre le temps de regarder les dossiers, de me présenter à tout le monde, et d’observer le fonctionnement de la mairie avant de procéder à quelques réajustements. J’ai aussi rencontré les autorités coutumières, la population, le personnel enseignant. Chacun a pu faire des propositions sur lesquelles nous allons maintenant travailler. En attendant, par souci de transparence et pour recréer une cohésion sociale, nous avons déjà arrêté l’idée d’un bulletin municipal et embauché quelqu’un pour l’alimenter.

LNC : Quel regard portez-vous sur votre commune presque quatre mois après votre élection ?
V.E. :
Il y a plein de choses à faire. Dans le secteur de l’environnement, du social et surtout de la jeunesse. Dans une commune de 6 000 habitants comme la nôtre qui compte 50 % de moins de dix-huit ans, il faut à tout prix occuper les jeunes.

LNC : Comment comptez-vous vous y prendre ?
V.E. :
Nous avons axé notre programme d’actions sur ce thème et sur celui de la cohésion sociale. Concrètement, nous allons travailler à la mise en place d’équipements adaptés en commençant par remettre en état ce qui existe déjà. Ces dernières années, les plateaux sportifs avaient été laissés à l’abandon, ce qui avait conduit à démobiliser les jeunes. Nous allons aussi former des animateurs de proximité qui seront chargés d’intervenir dans les trente-trois tribus de la commune. Nous voulons également développer le secteur culturel et donner les moyens aux jeunes artistes de s’épanouir.

LNC : Quand on parle de Houaïlou, on pense délinquance, violence, cannabis… Comment réagissez-vous à ce jugement souvent sans concession ?
V.E. :
Je dis seulement que de la délinquance, il y en a partout, et que la drogue touche toute la jeunesse calédonienne. Seulement, chez nous, c’est accentué par la forte proportion de jeunes, leur désœuvrement, ainsi que par l’étendue de la commune. Et le problème, c’est que cette mauvaise image de marque perturbe fortement le développement que l’on souhaite pour la commune.

LNC : Quelles solutions pensez-vous mettre en place ?
V.E. :
Elles sont de deux ordres : sécuritaires et économiques. Depuis quinze jours, nous avons mis en place un service de sécurité. Quotidiennement, de 20 heures à 6 heures du matin, une équipe de deux personnes effectue des rondes de surveillance autour des bâtiments publics. Cela a déjà permis de remédier en partie aux problèmes de vols constatés ces derniers mois. Sur le plan économique, nous avons pris contact avec la Chambre de métiers pour mettre en place des formations destinées à la fois aux porteurs de projets et aux jeunes en fin de cursus scolaire. Nous allons aussi relancer la pépinière d’entreprises qui, bien qu’existante, ne fonctionne toujours pas.

LNC : Quid du tourisme ?
V.E. :
Dans ce secteur comme dans beaucoup d’autres, tout reste à faire. La commune ne dispose aujourd’hui d’aucune structure d’hébergement si ce n’est un camping. Nous avons pris quelqu’un pour travailler sur ce dossier en particulier, sur la mise en place de circuits pédestres et sur des activités pérennes qui permettraient aux promoteurs non pas d’en vivre ponctuellement mais tout au long de l’année.
La commune ne peut pas donner du travail à tout le monde, mais elle peut faciliter la création d’entreprises.

LNC : Concernant le cannabis, envisagez-vous des dispositions particulières ?
V.E. :
Nous avons rencontré récemment un éducateur spécialisé de la cellule cannabis de la Cafat d’une part, pour lancer une vaste campagne d’information et de prévention, et d’autre part, pour voir comment on peut prendre en charge les personnes dépendantes. Il faut savoir que la majorité des jeunes internés au CHS de Nouville viennent de Houaïlou. Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Il faut agir. En ce sens, Maximilienne Kaviereneva, une de nos adjointes, qui travaille au CHS, va apporter un éclairage précieux qui ne peut que faire avancer les choses.
LNC : Parlons de la mine Cap Bocage. La pollution du platier a mobilisé de nombreuses associations de défense de l’environnement et est quasiment devenue un cas d’école en termes de mobilisation des populations locales. Où en sont les travaux de réhabilitation ?
V.E. : Nous sommes allés sur le site avec des membres de l’association et des représentants de Endel. Les choses avancent dans le bon sens. Les gravats sont en cours d’enlèvement. À partir du moment où chacun à son niveau fait ce qu’il faut, tout se passe forcément bien.

LNC : Venons-en à votre statut de femme. Comme est-il perçu aujourd’hui par la population ?
V.E. : Je sens encore certaines résistances, notamment chez nos hommes kanak. Ceci dit, je note une évolution des mentalités. Beaucoup se rendent compte que les femmes ont la capacité de diriger des collectivités. Concernant la population, j’ai l’impression qu’elle vient plus facilement à la mairie parce qu’en tant que femme, je suis plus sensible que d’autres aux problèmes de tous les jours. Au-delà de ce constat, je ne me pose pas de question. Le travail, je le prends comme le ferait un homme.

LNC : N’est-ce pas trop difficile de concilier vie publique et vie privée ?
V.E. : C’est une organisation à mettre en place entre mes déplacements à Houaïlou, Koné et Nouméa. Heureusement que le concubin pallie mes absences à la maison.

LNC : Si vous deviez conclure cette interview par une mise en perspectives ?
V.E. : Je dirais seulement que rien n’est perdu. Bien au contraire. Quand il y a beaucoup de problèmes, les choses ne peuvent que s’améliorer. Mais on ne pourra y arriver que si tout le monde va dans le même sens : les autorités coutumières, la population et les élus.



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