| Yves Dabin : Il a insufflé la vie au camp de Nandaï |
Il vogue depuis plus de cinquante ans sur le Caillou, il a connu beaucoup de changements, beaucoup de gens. Mais un événement retient en particulier son attention, car il a construit l’homme qu’il est devenu. Yves Dabin a été le premier à commander à Nandaï alors que le camp n’était que brousses et hautes herbes.
«Je voulais raconter pour que les gens se souviennent de cette période. » Yves Dabin a aujourd’hui 76 ans, il inspire l’air du Caillou pour la première fois en 1958. À l’époque, il était militaire. « Je suis arrivé de Tahiti après quarante-cinq jours de voyage. Ici, c’était le paradis. » Yves Dabin a été affecté à la 3e compagnie du BMIEP, l’ancien Rimap. En 1958, « un contingent a été envoyé à Bourail car on craignait des événements. L’Etat-major avait donc décidé de trouver dans le secteur un emplacement pour la réalisation d’un camp. » Ce sera à Nandaï, au carrefour du Nord et de l’Est. Il n’y avait rien ou presque.
Quelques mois plus tard, il est désigné chef des opérations de débroussaillage. Il part avec une quarantaine d’hommes « de toute l’Union française ». Tous savent manier le sabre avec une dextérité étonnante. Les opérations avancent rapidement. « On débroussaillait des travées de dix mètres sur cent mètres afin de créer des levées de terrain pour les artilleurs. »
Fin 59, retour à Nandaï après quelques mois d’instruction à Nouméa. Il fallait achever le débroussaillage et entamer le terrassement. « Mes soldats finissaient leur séjour et du coup je me suis retrouvé avec une section de Métropolitains. Eux, ce n’étaient pas des as du sabre d’abattis. » Ampoules, crevasses, ont fait le quotidien de ses nouvelles recrues. « Un vieux calédonien m’avait conseillé d’utiliser le citron vert. Ah les gars sautaient de partout mais au moins c’était efficace », se souvient-il, sourire aux lèvres.
« Il y avait une sacrée ambiance dans ce camp »
Quarante-cinq jours d’intense travail, entrecoupés de quelques sorties aux bals de Bourail « qui finissaient toujours en bagarre. On allait voir les filles et c’est d’ailleurs souvent pour ça qu’il y avait des bagarres… » Ces yeux brillent à l’évocation de ces souvenirs, « elles étaient belles les filles d’ici ». L’une d’entre elles est devenue sa femme et son sixième enfant est né à Bourail.
Son troisième séjour, le dernier avant que les entreprises nouméennes ne viennent construire les bâtiments, a été consacré à l’embellissement.
Yves Dabin garde un souvenir heureux de cette époque. « Il y avait une sacrée ambiance dans ce camp. Je me rappelle de Noël 1960. Je peux vous dire que ça a été la fête. »
Des séjours tellement heureux qu’il quitte définitivement la Métropole pour s’établir à Plum. Il prend les rênes de l’association des Piroguiers du Mont-Dore en 1978, alors qu’il ne sait pas naviguer et qu’« il y avait 800 000 francs de déficit ! » Mais sa rigueur militaire, une certaine habitude à partir de rien et à tenir la barre, un amour irraisonné pour les enfants du pays, le voilà à la tête d’une association qui accueille aujourd’hui plusieurs centaines de bambins. Voilà un homme qui sait construire.
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