Assis sur d'incroyables réserves minières, le Brésilien Vale, ancien CVRD, déroule ses plans sur le globe, grâce à ses positions dans le minerai de fer. Avec l'acquisition d'Inco, le groupe a franchi un nouveau cap, soutenu par la demande des économies émergentes et les cours élevés. Goro Nickel, dont le géant est le principal actionnaire, s'inscrit dans une opération de développement à la fois technique et stratégique.
Vale surfe sur les superlatifs. Son envergure industrielle est à l’image de l’étendue de son pays d’origine. Deuxième plus grande société minière diversifiée de la planète, le géant Brésilien a dégagé, l’an passé, un bénéfice net de 11,825 milliards de dollars US. Sa mine de Carajas, considérée comme la plus grande du monde à ciel ouvert, a déjà offert « un milliard de tonnes de minerai de fer en vingt-cinq ans » note, les pieds sur la terre rouge, Joao Elias, un des 152 724 employés (avec ceux d’Inco), actifs sur les cinq continents. Présent dans le fer (« le meilleur du globe »), le cuivre, le nickel, la bauxite mais aussi l’aluminium ou l’énergie, le groupe pesait, en décembre dernier, plus de 151 milliards de dollars US en termes de capitalisation boursière. Gigantesque !
Soixante ans de croissance
« Vale a de la valeur », lancent respectueusement les Brésiliens. « Nous battons des records chaque année », ne cesse de répondre le président du groupe, Roger Agnelli, dont les heures de vol à bord de son jet dépassent, même à l’année, celles de nombre de pilotes professionnels. Le monde n’attend pas, les affaires non plus. Le tour de force vient de loin. Créée par le gouvernement fédéral de la nation des Cariocas en juin 1942, l’entité dénommée alors Companhia Vale do Rio Doce (CVRD) concentre ses opérations dans l’État de Minas Gerais. Sa production dès la première année, s’établit à 40 000 tonnes de minerai de fer, l’équivalent d’une heure de travail aujourd’hui. Au fil du temps, son action s’étend. En forêt amazonienne, des géologues signalent « un trésor », la présence de minerai de fer à Carajás, dans l’État du Pará, région considérée comme la plus grande province minérale de la planète. Même avant l’exploitation du site, CVRD devient en 1974 le plus grand exportateur du métal gris au monde ; une première place toujours conservée. L’expansion internationale du groupe est accélérée après sa privatisation en 1997, d’ailleurs contestée. Le fer, dont le Brésilien contrôle 40 % du commerce mondial, voilà son or. Ses positions lui permettent de donner le tempo lors des négociations annuelles sur les prix. Illustration une nouvelle fois en février dernier : Vale avait infligé aux sidérurgistes une hausse de 65 % des tarifs 2008. Son métier de base très lucratif lui permet d’écrire un autre chapitre, avec l’acquisition, en octobre 2006, du Canadien Inco, le numéro deux mondial du nickel. Sur la table, une offre de 18 milliards de dollars US qui témoigne de la volonté du Brésilien de réduire sa dépendance à l’égard des métaux ferreux.
Goro : tremplin vers la Chine
Goro Nickel monte dans un train lancé à grande vitesse. « Ce projet calédonien signifie l’exploitation d’une réserve minérale très importante, tout comme la maîtrise d’une technologie (l’hydrométallurgie) qui va provoquer des changements dans l’industrie du nickel », remarque au siège de Rio de Janeiro, Roberto Castello Branco, directeur des relations avec les investisseurs à Vale. « Secundo, Goro Nickel porte l’opportunité d’exploiter de manière plus intense le marché d’Asie, spécialement la Chine ». Ancien stagiaire à New York, Roger Agnelli, décrit comme un pur manager moderne, déroule les plans Vale, comme Onça Puma, futur site brésilien visant une production de 58 000 tonnes de nickel par an. Pour preuve en 2007 : 4,6 des 7,6 milliards de dollars US réservés aux investissements, étaient destinés aux projets du groupe, contre 2,2 milliards par exemple pour l’entretien des infrastructures. Révélateur. Cette année, ce budget global grimpe à 11 milliards, « le plus important jamais réalisé », se réjouit la direction.
Un plan quinquennal intégrant cette enveloppe, prévoit des investissements à hauteur de 59 milliards de dollars US et la création de 62 000 emplois directs jusqu’en 2012. Un plan tiré, bien sûr, par la demande en minerai des économies émergentes.
Consolider et diversifier, certes mais jusqu’où ? Le Français Eramet et le Suisse Xstrata avaient été dans un passé récent, la cible du féroce appétit sud-américain. Des négociations, sans signature finale. Les cours élevés des métaux, tous les économistes le disent, ont relancé « la course à la concentration » : plutôt que d’investir dans de riches sous-sols - opération longue et délicate -, mieux vaut, pour les majors miniers au portefeuille plein, présenter une offre d’achat au voisin, porteur d’actifs.
Une formule d’acquisition claire, nette, et immédiatement fructueuse, en cas d’accord. Car elle permet de bénéficier très vite d’un outil, et par ricochet, d’un retour sur les prix haut perchés. Présente du Canada au Chili, de l’Angola à l’Australie en passant par la Nouvelle-Calédonie, Vale calcule les opportunités sur le globe, tout en voulant participer au dévelop-pement de son port d’attache, le Brésil.
Le groupe est aujourd’hui le premier contributeur à la balance commerciale verte et jaune.
|
|
|
Sur le même sujet |
|
|
 |
Dans la même rubrique |
|
|
 |
|