La Fédération des fonctionnaires campait devant la province Nord, hier. Motif : deux emplois ont été pourvus par des candidatures venues de Métropole. L’exécutif provincial avait réagi dès mercredi matin en justifiant ces embauches et en rappelant sa notion de l’emploi local.
«Notre souci de préserver l’emploi local nous interdit d’accepter la nomination d’un expatrié sur un poste qui doit revenir à un local dont le niveau et les compétences ne sont plus à démontrer. » Dans un courrier adressé au président de la province Nord, la Fédération des fonctionnaires prend clairement position contre la récente embauche de deux Métropolitains aux postes de directeur des ressources humaines et de responsable du service informatique (1). Cette dernière affaire semble d’ailleurs avoir été la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Pour l’organisation syndicale, « il est inacceptable qu’un fonctionnaire du cadre territorial, qui a été responsable de la cellule informatique de la province Nord pendant sept ans, soit retiré de ses fonctions sans justification motivée et avérée ». Pour montrer son désaccord, elle a organisé un débrayage d’une heure le 8 juillet, avant de rencontrer les secrétaires généraux vendredi dernier. De son côté, l’exécutif provincial n’a pas attendu la journée de grève pour réagir. Dès mercredi, Victor Tutugoro tapait du poing sur la table. « On nous fait le procès à nous qui relevons du FLNKS, porteur de la notion d’emploi local, de recourir à des expatriés. C’est un peu dur à avaler. »
« L’emploi local ne doit pas se faire au détriment de la compétence »
Parlant « d’attaque cultivée par un certain nombre d’organisations syndicales et d’opposants politiques en vue des élections provinciales », le vice-président de la province insiste sur la notion même d’emploi local dans la collectivité provinciale : « Non seulement il faut être citoyen calédonien, donc inscrit sur la liste spéciale, mais il faut aussi vouloir travailler dans le Nord. » Et de rappeler que « l’exécutif entend exercer librement sa compétence en matière de recrutement et qu’il ne subira, ni n’acceptera de pressions externes », avant de marteler que « l’emploi local ne doit pas se faire au détriment de la compétence ».
Pour Victor Tutugoro, « il y a un certain nombre de jeunes Kanak, diplômés, qui ont peur de prendre des responsabilités ». Concernant les deux cas qui posent problème, Christophe Chalier, le secrétaire général adjoint, explique : « Le poste de DRH a été vacant de 2002 à 2007, ce qui n’a pas manqué de poser un certain nombre de problèmes à l’administration provinciale. Il a ensuite été pourvu jusqu’en février 2008, date à laquelle la personne qui occupait ce poste a démissionné. Parmi les candidatures reçues, celle qui a été retenue correspondait parfaitement à nos besoins. »
Les syndicats militent pourtant pour deux autres candidatures, celles d’une DRH de France Télécom originaire de Calédonie mais en Métropole depuis trente ans et d’un agent territorial déjà en poste. « La candidate née en Calédonie postulait en province Nord pour une question de rapprochement familial, ce qui n’est pas une motivation suffisante », dira Marie-José Consigny, la secrétaire générale. « Dans les deux cas, nous avons affaire à des candidats qui ne sont pas inscrits sur la liste spéciale », répète Victor Tutugoro tandis que Christophe Chalier parle « d’urgence à recruter » non sans évoquer le cas d’un profil idéal au sein même de la province « mais qui ne souhaite pas assumer ces responsabilités maintenant ».
De son côté, José Caunes, représentant local de la Fédération des fonctionnaires, persiste et signe. « Nous ne sommes pas d’accord avec le fait que quelqu’un né en Calédonie et parti travailler ailleurs ne bénéficie pas du dispositif emploi local sous prétexte qu’il n’est pas inscrit sur la liste spéciale. Les jeunes partent se former en Métropole, y restent un peu pour acquérir de l’expérience. Ils doivent pouvoir revenir travailler sur le territoire. » Le représentant de la Fédération des fonctionnaires, qui n’exclut pas une action commune avec l’USTKE, attend le retour du président Néaoutyine sur le territoire « pour débattre du sujet ».
(1) Le premier, qui vient de la fonction publique, arrive de Troyes où il exerçait la fonction de secrétaire général adjoint et bénéficie d’un détachement de cinq ans. Le second est ingénieur informatique et a un contrat de trois ans.
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