Sabiran Sabiran est décédé la semaine dernière. Le doyen de la commune avait 91 ans. Retour sur la vie d’un contracteur arrivé, un jour, de Java et qui a contribué par son dur labeur au développement du Nord.
Sabiran Sabiran arrive sur le territoire en 1937 pour travailler sous contrat. Originaire de Java, le jeune Indonésien, tout juste âgé de vingt ans, vient seul, sans sa famille, et doit passer dix-huit jours en mer, « dans la cave, avec des bêtes à bord pour se nourrir », selon des propos rapportés à notre confrère de l’Est, « le bateau était si grand qu’on pouvait courir dedans ».
À l’époque, l’administration ne se complique pas la tâche : elle l’affuble d’un prénom identique à son nom. Et, contrairement à beaucoup de ses compagnons qui sont dirigés vers la mine, elle l’envoie dans la région de Pouembout pour ramasser le coton, couper du bois, travailler dans les plantations de café… Les missions ne durent jamais plus de quelques jours. Un patron japonais, M. Kinoshita, l’embauche pour couper du bois « utilisé pour faire des abris » et collecter du café sur la Forêt plate. Il restera à son service pendant sept ans avant de travailler pour M. Videault. De ses premières années de travail, il gardera le souvenir « de marches aussi longues qu’épuisantes, de salaires de misère et de patrons cruels qui nous coupaient la paye quand on ne travaillait pas le dimanche ».
La Seconde Guerre mondiale va changer sa vie. À l’issue du conflit, « fini le contrat » comme dit sa femme. Sabiran Sabiran est libre. Il fait alors du maraîchage pour Martin Grimigni, celui dont la nouvelle médiathèque de Pouembout porte le nom. Et, le 5 juillet 1945, il achète le lot 56, à Pouembout, pour bâtir sa maison de ses propres mains. Un jour qui restera à jamais gravé dans sa mémoire. Parallèlement, il se lance dans le bâtiment et participe à la construction de l’école de Netchaot, à celle d’Oundjo et à divers chantiers de la zone.
Alors que les locaux de la SAEML VKP avaient poussé non loin de chez lui, l’homme se disait dépassé par le développement en cours. Et assez critique sur l’évolution du monde en général. « Je ne sais pas si un jeune de maintenant pourrait faire ce qu’on a fait. » Sabiran Sabiran est parti. Entouré de son épouse, de ses deux enfants, de sa famille et de ses amis. Il laissera le souvenir d’un homme courageux, simple et chaleureux.
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