| L’eau du réseau est potable,
mais jusqu’où ? |
L’eau du réseau de Nouméa est traitée selon les dernières normes européennes. Elle est donc potable. Pourtant, dans les verres, les carafes, ou la bouche sous le robinet, on boit parfois des colonies entières de bactéries. Enquête et explications.
Un industriel de Ducos fabriquant des produits vaisselle qui se plaint de ne pas toujours pouvoir tenir les normes drastiques de son franchiseur. Quelques médecins qui vous conseillent d’éviter l’eau du robinet en période de fortes pluies, assurant qu’il ne faut pas chercher ailleurs l’origine des épidémies de gastro-entérites. Un autre industriel qui remarque, occasionnellement, à Ducos, une nuance rougeâtre dans l’eau qu’il prend sur le réseau…
Et, en face, les services d’hygiène de la ville qui exhibent une panoplie de tests plus satisfaisants les uns que les autres. Près d’une centaine l’an dernier, et tous limpides, à l’exception d’un seul, effectué non au robinet, mais en aval de la station de chloration du mont Té, très vite contredit par un test de vérification. Un seul jour, une seule fois.
Alors qui croire ? L’eau est-elle toujours potable à Nouméa ? Au regard de la quasi-totalité des tests effectués par les services compétents, la réponse est oui. « Légalement, la qualité de l’eau du réseau est régie par un arrêté de 1979, mais, en fait, nous suivons les normes européennes », assure-t-on aux services d’hygiène municipaux. Affirmation reprise par Patrick Chantre, patron de la Calédonienne des Eaux. L’année dernière, soixante-quatorze tests ont été effectués dans les écoles de la ville, des lieux faciles d’accès et sensibles en raison de la présence des enfants. Tous ces tests ont été satisfaisants. Alors, circulez ?
L’eau de Nouméa est relativement potable
Pas tout à fait. Car ces tests sont effectués dans des conditions d’hygiène et d’asepsie qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’utilisation au jour le jour des consommateurs.
Le protocole est le suivant : on enlève le filtre disperseur du robinet (foyer microbien). On fait couler l’eau pendant deux minutes pour purger l’aval du compteur. On stérilise au chalumeau le robinet et l’air ambiant. On refait couler l’eau trente secondes, et on prélève.
Mais si l’on fait une analyse « sauvage », le premier verre d’eau sur un robinet resté inactif toute une nuit, bonjour le bouillon de culture, par ici les choliformes. Des doubles tests effectués par Lab’eau le montrent clairement. Explication : le chlore s’évapore rapidement du mélange air eau contenu dans les derniers centimètres du robinet, et l’embout humide se transforme en quelques heures en pouponnière à microbes.
Conclusion ? L’eau de Nouméa est relativement pure et toujours potable. C’est la manière de la prélever pour la consommer qui peut la contaminer. Pour éviter les mauvaises digestions, les règles sont simples : se laver les mains, utiliser des verres ou des carafes propres, désinfecter à intervalles réguliers les robinets. Et surtout, surtout, faire couler l’eau trente secondes, et pas trop fort, avant de l’utiliser à des fins alimentaires.
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