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  Dossier > Jubilé Karembeu - 02/06/2008    
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Tous les articles du dossier : Jubilé Karembeu

Le parcours sans concessions d’un homme accompli
« À 18 ans j’ai quitté ma province, bien décidé à empoigner la vie… » chantait Charles Aznavour. Christian Karembeu a quitté la Nouvelle-Calédonie peu avant cet âge pour se lancer dans une carrière de footballeur professionnel. Pari osé, pari gagné !

« Parfois, à l’entraînement, lorsqu’un avion traversait le ciel je m’arrêtais de jouer. Il m’est aussi arrivé de pleurer au cours des trois premiers mois à Nantes… ». Un aveu concédé sans fausse pudeur par Christian Karembeu à l’aube de la saison 1992-1993 et qui prouve la farouche volonté dont a dû faire preuve l’enfant de Lifou et de Canala pour réaliser son rêve : devenir footballeur professionnel.
Tout ne fut pas simple en effet pour ce jeune homme aux qualités physiques hors normes, mais dénué de toute culture tactique. Heureusement, à son arrivée à Nantes, il y a Antoine (Kombouaré), un peu « mon grand frère », qui facilite son intégration. Il y a aussi Jean-Claude (Coco) Suaudeau, ses « engueulades » et ses conseils, au centre de formation, puis chez les pros. Une vraie complicité lie l’entraîneur au jeune joueur au tempérament de feu et encore un peu insouciant. Par jeu, il s’amuse ainsi à défier son mentor en arrivant volontairement en retard aux entraînements. Le montant des amendes infligées le dissuade rapidement de poursuivre cet « enfantillage ». Kombouaré, Suaudeau, deux personnages qui ont aidé le jeune prodige à « grandir ».

Une obsession : grandir, encore et encore

Grandir : une véritable obsession chez ce jeune professionnel. Mais grandir passe obligatoirement par des étapes douloureuses. Sa première grande déconvenue ? La finale de coupe de France 1993 perdue face au Paris SG d’Antoine. Et son exclusion houleuse qui lui vaudra de sévères remontrances paternelles.
Mais l’ambition porte le jeune kanak. Ainsi, en décembre 1994, alors que le FC Nantes est champion d’automne, qu’il a effectué ses premiers pas en équipe de France, Christian a pour objectif de faire aussi bien sinon mieux que son aîné : « Antoine a tout gagné au niveau national, il a disputé des demi-finales de coupes d’Europe (il deviendra même vainqueur de la coupe UEFA). Moi, je n’ai encore inscrit aucune ligne à mon palmarès. Je veux le dépasser. » Ce vide va commencer à se combler dès le printemps 1995 avec un premier sacre, celui de champion de France de D1.
Un palmarès qui s’étoffera au-delà de ses espoirs les plus fous. En particulier sous le maillot tricolore, auquel il voue un véritable culte. Pour preuve, à l’automne 1994, après une défaite de l’équipe de France face à la Pologne, fait-il ce constat sans concession : « Il nous a manqué un peu de patriotisme. Il fut une époque où revêtir le maillot frappé du coq représentait quelque chose […] Aujourd’hui, pour certains, il s’agit d’obtenir une plus-value dans le foot-business. J’ai une autre idée de ce que représente une sélection. Derrière, il y a une identité nationale, même si intérieurement je reste kanak… ».

Avancer sans se renier, sans trahir la parole donnée


Car au-delà de l'objectif sportif, Christian Karembeu, qui s’estime « privilégié d’exercer le métier de footballeur », veut s’accomplir en tant qu’homme. Passionné de philosophie et de psychologie (il est un fervent lecteur de Descartes, Freud…). Il possède aussi une soif inextinguible d’aller au-devant des autres, pour découvrir, échanger, se comprendre. « J’aimerais évoluer dans cinq ou six championnats pour découvrir autant de nouvelles cultures », dit-il encore en 1994. Là encore, le jeune homme va réaliser son rêve. Après Nantes, l’Italie (Sampdoria de Gênes), l’Espagne (Real de Madrid), l’Angleterre (Middlesbrough), la Grèce (Olympiacos), la Suisse (Servette de Genève), et un ultime contrat pour le club insulaire du SC Bastia, vont lui permettre de vivre pleinement sa quête d’autrui.
Et sa carrière, jalonnée de titres de gloire, il la doit avant tout à lui-même, à son caractère bien trempé. Car dans ce monde où l’on se fait rarement de cadeaux, il avance sans jamais se renier, sans jamais trahir la parole donnée.
La meilleure preuve ? Lorsque Christian Karembeu quitte Nantes pour rejoindre l’Italie et la « Samp », il se lance avec enthousiasme à l’assaut d’un nouveau challenge. Il y est rapidement apprécié, devient proche de Rico Chiesa, l’international italien, et prend sous son aile protectrice le tout jeune Clarence Seedorf. Tout va pour donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’au jour où, performances à l’appui, il est sollicité par les plus grands clubs. C’est décidé, il va sauter un nouveau pas. L’international français donne sa parole au Real Madrid, le club de ses rêves. Les dirigeants transalpins, eux, veulent le transférer au Barça.

Un véritable bras de fer


S’engage un véritable bras de fer entre les deux parties. Un bras de fer qui va durer plusieurs mois. Des mois durant lesquels Christian va, au mieux, user son short sur le banc des remplaçants, et, au pire, regarder ses coéquipiers du haut des tribunes.
Pourtant le Calédonien joue gros, très gros : tout simplement sa participation au Mondial 1998. Mais fidèle à la parole donnée, il ne cède pas d’un pouce. Une attitude qui force le respect. Finalement, après avoir été appelé par Aimé Jacquet pour participer au stage de Tignes, ses dirigeants abdiquent, il rejoint les rangs du Real, début 98.
Son arrivée à Madrid ne passe pas inaperçue. Une cohorte de journalistes l’attend au centre d’entraînement où il est présenté à la presse. Comme il l’avait fait en arrivant à Gênes en répondant aux questions en italien, Christian Karembeu s’exprime cette fois en espagnol. Un espagnol encore approximatif qui va lui causer quelques soucis. Il réaffirme en effet son « identité kanak », tout en déclarant son « attachement à l’équipe de France. » Des propos déformés par un journaliste du quotidien ABC qui lui attireront les foudres d’une partie de la population calédonienne. Celle la même qui lui reproche, depuis longtemps déjà, sa non-allégeance à certains politiques locaux.
Christian karembeu passe outre cette polémique et « s’entête » à écrire ligne après ligne un palmarès exceptionnel. Et quand bien même, après avoir glané successivement les titres de champion du monde ; de champion d’Europe; conquis à deux reprises la Ligue des champions, sa carrière décline en pente douce (il est tout de même deux fois champion de Grèce et sacré meilleur joueur du championnat hellène), il poursuit sa découverte de nouvelles cultures. Et profite déjà de son charisme pour s’investir dans les grandes causes qu’il a toujours défendu : l’environnement, l’humanitaire et l’identitaire.

Pas de meilleur ambassadeur

Sa carrière terminée, en octobre 2005, il intensifie ses actions caritatives. Et s’il a « fait le tour de la question » crampons aux pieds, toujours généreux, il entend bien « redonner au football ce que celui-ci lui a apporté. » C’est ainsi qu’il devient ambassadeur de la Fédération océanienne de football (OCF). En février 2007, il obtient le même titre auprès de l’Office du tourisme calédonien. La Nouvelle-Calédonie ne pouvait rêver meilleur ambassadeur que cet homme désormais accompli pour vanter ses atours à travers le monde.

Sa carrière, jalonnée de titres de gloire, il la doit avant tout à lui-même, à son caractère bien trempé. Car dans ce monde où l’on se fait rarement de cadeaux, il avance sans jamais se renier, sans jamais trahir la parole donnée.
Ambassadeur de la Confédération océanienne de football, Christian Karembeu côtoie les décideurs de son sport, comme ici l’Allemand Franz Beckenbauer, légende vivante du ballon rond.


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Edition du 22/05/2008
 
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