| Didier Chambaron : « Christian sert d’exemple aux jeunes » |
Depuis deux ans, Didier Chambaron est un observateur privilégié du football calédonien. D'abord entraîneur de la JS Baco, il a, comme sélectionneur, mené l'an dernier la Nouvelle-Calédonie au titre de champion du Pacifique. Il tentera en septembre de qualifier les Cagous pour la Coupe du monde 2010. Il pose un regard lucide sur le parcours de Christian Karembeu.
Didier Chambaron, comment expliquez-vous qu'un joueur comme Christian Karembeu ait pu gravir les échelons du football mondial depuis la Nouvelle-Calédonie ?
Il faut situer le contexte et l'époque. Christian Karembeu a quitté le Caillou en 1988, à une époque où on apprenait le football dans la rue. L'écart technique entre un gamin de Canala et un gamin des quartiers d'Accra (Marcel Desailly, NDLR) ou de Marseille (Zinedine Zidane, NDLR) n'était pas énorme. Aujourd'hui, les clubs recrutent les joueurs de plus en plus jeunes. Christian est parti à 18 ans. Aujourd'hui, c'est à 13 ou 14 ans que les gamins quittent leur famille. Il serait beaucoup plus difficile de former un Christian Karembeu maintenant.
Quelles sont les qualités des joueurs calédoniens qui expliquent qu'un pays de 200 000 habitants ait pu produire le seul champion du monde d'Océanie ?
Les joueurs d'ici ont des qualités physiques largement au-dessus de la moyenne. Ils sont endurants, rapides, avec une technique individuelle formidable, notamment les joueurs des Îles loyautés. Sans s'entraîner spécifiquement, les Kanak respirent le football.
Vous êtes en train de dire qu'il y a des dizaines de Christian Karembeu qui évoluent sur les terrains calédoniens ?
Non, au contraire. Des joueurs de sa trempe, il ne peut pas y en avoir tous les ans. On en a eu un, et qui sait quand arrivera le suivant. Aujourd'hui, les jeunes footballeurs sont bien moins préparés, on le voit chaque année lors de la coupe nationale des cadets. Combien sont prêts aux sacrifices d'un Kombouaré ou d'un Karembeu pour arriver au sommet ?
Tout est une question d'état d'esprit…
Oui, Kombouaré et Karembeu ne sont pas arrivés au sommet de l'Europe par hasard. Ils ont travaillé, travaillé encore, et accepté de renoncer à beaucoup de choses pour atteindre leurs objectifs. Ça n'a pas été facile mais ils avaient le mental, la volonté pour réussir.
L'ombre de Christian Karembeu n'est-elle pas oppressante pour les footballeurs calédoniens ?
Non, il a une valeur d'exemple pour les jeunes. Certains ne l'ont même pas vu jouer sous le maillot de l'équipe de France, mais Christian reste une figure tutélaire. Partout où on passe, les techniciens regardent nos joueurs en se disant : « Le nouveau Christian Karembeu est-il ici ? ». Personnellement, je ne l'ai pas trouvé. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas.
À quand un joueur calédonien en Ligue 1 ?
Partir pour partir ne sert à rien. On est isolé, à 22 000 kilomètres de sa famille. Quand Christian Karembeu est parti à Nantes, il a trouvé un milieu favorable, une famille d'accueil idéale. Autant de détails qui font la différence dans le football professionnel, qui est une jungle. Aujourd'hui, nos joueurs doivent regarder vers le championnat professionnel australien. Une première marche avant la grande aventure.
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