Jusqu’au jeudi 19 juin, Philippe Tonchane, sculpteur à Canala, expose à la Maison de la province Nord, à Nouméa, en compagnie de Ito Waïa, un peintre de Bourail. Rencontre avec un artiste qui dit tenir son don
de ses ancêtres.
Humilité. Si l’on devait définir Philippe Tonchane en un mot, c’est celui qui lui ressemblerait le plus. Oui, il est sculpteur. Oui, il a du talent. Mais il n’oublie jamais de rappeler à qui il doit ce talent. « C’est un don qui me vient de mes grands-pères. » Il a vu son père fabriquer les casse-tête, les cases « pour s’occuper et amuser les enfants. »
Aujourd’hui, le sculpteur de Canala n’a pas d’autre ambition. « En prévision de l’expo à la Maison de la province Nord, je me suis attaqué à de grosses pièces. Mais d’habitude, je me contente de petites sculptures. Ca va plus vite ! » Comme beaucoup d’artistes kanak, Philippe n’a pas la fibre commerciale. Il pratique son art par pur plaisir. Le fait de vivre de sa passion lui semble tout à fait accessoire. « Il faut du temps pour sculpter correctement. Ça peut aller vite comme ça peut aller lentement. » Comme il a appris des vieux de sa tribu, Philippe Tonchane souhaite avant tout transmettre son art aux enfants. « Je n’ai pas d’enfants, mais j’apprends à mes petits neveux, à mes petits cousins… »
« Il faut du temps pour sculpter correctement. Ça peut aller vite comme ça peut aller lentement »
Son inspiration, il la puise dans la nature, dans le monde qui l’entoure. « Tout est sujet à sculpture, à peinture ou à dessin. Il suffit de s’arrêter, de prendre le temps et de regarder. » Du CFTPA de Bourail et de Wegiène Trolu, son professeur, il a appris la technique.
Mais de son environnement humain et naturel, il tire la quintessence de son art. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard s’il a choisi le bois plutôt que la pierre, le houp plutôt qu’une autre essence. « Le bois est plus facile à travailler. Si on se loupe, on peut toujours adapter son œuvre au concept choisi au départ. Quant au houp, c’est à mon avis le bois idéal. Parce qu’il est dur et tendre à la fois. Parce qu’il peut rester des années dehors sans bouger. Et parce qu’il représente le bois des vieux, celui qu’ils utilisaient et utilisent encore pour les poteaux des cases et pour les chambranles. »
L’autre avantage du houp, c’est que Philippe peut le ramasser lui-même, lors de ses balades dans la nature environnante. « Je ne ramène que du bois mort, jamais du bois vert ! »
Aujourd’hui sur l’expo du GIE province Nord, Philippe Tonchane se prépare à participer au Jeudi de la province Nord, le 12 juin prochain. « C’est important de représenter le Nord à Nouméa. Et de montrer ce que l’on sait faire. »
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