
Vingt ans ont passé depuis les accords Matignon-Oudinot, dix depuis l’accord de Nouméa. Il en reste dix avant la fin du processus, peut-être un peu moins.
Rien n’est jamais parfait mais ces vingt ans de paix ont sensiblement fait progresser la Nouvelle-Calédonie sur les plans économique et politique, sur la reconnaissance de l’identité kanak et sur la voie de la décolonisation, un terme qui n’a pas exactement la même signification qu’indépendance. Pendant ce temps, autour de la toute petite Calédonie, le vaste monde est devenu plus dur, les appétits plus féroces, au point que même les grandes nations organisent leur interdépendance.
Que ferons-nous dans dix ans, face au choix entre la France et l’indépendance s’il doit se poser comme tel ? Aucun des deux camps n’ayant franchement convaincu l’autre du bien-fondé de sa position, et les équilibres politiques n’ayant guère évolué, un référendum (ou même trois) ne réglera pas plus la question qu’il y a dix ans s’il fait un vainqueur et un vaincu tenté par le retour à l’action dure. Le raisonnement qui a conduit à la solution consensuelle demeure.
Au lieu de se taper dessus, il sera mieux de se parler, de négocier la sortie comme en 1988 et en 1998. Si possible rapidement, entre élus d’une même génération, ayant vécu les mêmes événements et partageant la même envie de ne pas revenir aux années de cendres.
Mais discuter sur quoi ? Au terme du processus de l’accord de Nouméa, au bout des transferts, la Nouvelle-Calédonie sera irréversiblement autonome, à un fil de la pleine souveraineté. Quel espace restera-t-il pour la concession mutuelle ? Pour quel destin commun ? Pour une nouvelle parenthèse institutionnelle ou pour un statut définitif ?
Autant de questions ouvertes. Le pari sur l’intelligence reste d’actualité. L’accord de Nouméa le demande aux partenaires politiques, à qui il interdit d’envisager toute partition du pays. Il le demande aussi aux simples citoyens. Dans leurs gestes, leurs regards, leurs mots de tous les jours envers l’autre. Pour « parvenir ensemble à ce que, dans ce pays, il y ait des gens qui rendent grâce au ciel d’avoir le soleil, la mer », disait Jean-Marie Tjibaou après la poignée de main. Pour que « chacun reste en continuant à faire de ce pays le pays qu’on rêve d’habiter, parce qu’il est le plus beau, le plus développé, le plus attirant du Pacifique ».
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