La gendarmerie de Moindou fonctionne à mi-temps et va fermer. La décision n’est pas encore officielle mais, pour les gens du village et le conseil municipal qui s’est exprimé par vœu, cette disparition est certaine, imminente et regrettable.
Côté gendarmerie, on attend encore, avant de s’exprimer, une validation officielle de la décision de fermeture de la brigade de Moindou. Mais côté village, on affirme que la gendarmerie ne fonctionne déjà plus qu’à mi-temps et que sa fermeture complète, évoquée depuis plusieurs années, est aujourd’hui imminente.
La gendarmerie l’expliquerait, dit le maire de Moindou Léon-Joseph Peyronnet, par des questions de restrictions budgétaires et de rationalisation du service. Moindou est en effet proche de La Foa, qui reprendrait à son compte les missions de la brigade disparue (sauf Table Unio qui basculerait sur le secteur de Bourail), en maintenant éventuellement sur place une petite présence de gendarmes mobiles.
Des arguments qui ne convainquent pas vraiment les habitants du village, l’un des plus petits de Calédonie avec ses six cents habitants. « Cette mauvaise nouvelle nous laisse dans le plus profond désarroi, écrivait le maire le 22 mai dernier, dans une lettre adressée au Haussaire, également remise en main propre au secrétaire d’État Yves Jégo par le premier adjoint, Jean-Marie Hoveureux. Au-delà du symbole que représente une brigade de gendarmerie dans une petite collectivité comme la nôtre, celui de la présence sécurisante de forces de l’ordre et de la France, c’est vraiment un service de proximité au quotidien qui serait remis en cause, dans le village comme en tribus. »
Certes, explique le maire de Moindou, les communes calédoniennes, et la sienne en particulier, sont « modestes en nombre d’habitants », mais « étendues géographiquement ». Certes, les gendarmes de La Foa ne seront pas loin. « Mais les délais d’intervention ne pourront jamais être les mêmes, plaide Jo Peyronnet, surtout en cas d’accidents et de calamités naturelles comme les cyclones. »
« Comment ne pas craindre une recrudescence des délits, en l’absence sur place de moyens d’intervention ? »
Il rappelle à cet égard que, lors des municipales, des électeurs de la tribu de Table Unio n’ont pu voter que grâce à l’intervention de la gendarmerie qui a assuré avec un bateau la traversée d’une rivière en crue.
« Que dire également, questionne le maire, de la prévention de la délinquance, dont les gendarmes ont toujours été des acteurs incontournables, en étroite relation avec la municipalité et les autorités coutumières ? Comment ne pas craindre une recrudescence des délits, en l’absence sur place de moyens d’intervention ? Certains, poursuit Jo Peyronnet, y verront une garantie d’impunité, qu’il s’agisse d’infractions de droit commun ou relatives à la chasse et à la pêche. »
L’an dernier, à Moindou, il a été commis quarante-huit crimes et délits. C’est peu en valeur absolue mais, rapporté au nombre d’habitants, cela donne un ratio de délinquance de 68 pour mille, le deuxième plus élevé de Nouvelle-Calédonie après celui de la capitale, Nouméa (95 pour mille).
Au nom des habitants, le maire avait donc demandé en mai dernier de « différer » la fermeture, « le temps que l’État nous fasse connaître quels moyens il entend déployer pour y remédier et dans quels délais, sans dégradation du service rendu aux usagers ». En juin, c’est tout le conseil municipal qui, à l’unanimité, a émis le vœu « que soit maintenue en l’état actuel de ses effectifs la gendarmerie de Moindou », considérant que cette fermeture « serait de nature à rompre un équilibre établi en termes de bonnes relations avec les différentes communautés, notamment les quatre tribus de la commune, et à causer un grave préjudice à l’ensemble des habitants au plan de la sécurité publique ».
Lettre et vœu n’ont visiblement pas inversé la tendance. La gendarmerie a résilié pour fin septembre le bail d’une villa qu’elle louait à Moindou, les gens du village affirment que le commandant de brigade est sur le départ de manière imminente, et que la fermeture est « pour juillet, août au plus tard ». Ils trouvent bien triste que leur village, fier de posséder avec le Fort Téremba un patrimoine historique de renom, fasse « la collection des postes militaires désaffectés ».
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