Avec l’épuisement annoncé des gisements dits sulfurés et l’augmentation de la demande mondiale de nickel, les industriels sont contraints de se tourner vers l’exploitation des gisements latéritiques. Facile à dire car, dans la pratique, il faut franchir un pas technologique. Lequel requiert des investissements colossaux.
Il existe deux familles de minerais, sulfuré et latéritique, dont peut être extrait le nickel. À l’exception de l’Afrique australe, les gisements de
sulfures sont situés dans les zones au nord du globe (Russie, Canada, Chine, Norvège…), les latéritiques au sud, ou plus exactement dans les régions tropicales (Australie, Océanie, Indonésie, Philippines, Brésil, Colombie, Cuba…).
Traditionnellement, l’approvisionnement en minerai de nickel était dominé par les riches gisements en sulfures issus principalement de deux régions, la Russie et le Canada, qui assurent encore à ce jour plus d’un tiers de l’offre globale.
La « pyro » : un procédé éprouvé
Exploités majoritairement en mines souterraines (sauf en Nouvelle-Calédonie où les mines sont à ciel ouvert), les gisements sulfurés, bien que souffrant du coût élevé de l’extraction, bénéficiaient en revanche d’un coût de traitement relativement bas par l’utilisation d’une technologie éprouvée, la pyrométallurgie. Un coût amélioré par la récupération de cuivre ainsi que des platinoïdes (palladium surtout) présents dans ce type de gisements.
Mais, si l’exploitation des sulfures assure aujourd’hui près de 60 % de l’extraction de minerai, ce type de gisements représente moins de 30 % des ressources de nickel identifiées. D’où la nécessité, pour les industriels, de se lancer dans l’exploitation à grande échelle des gros gisements latéritiques Exploitables en masse en carrières, ces ressources supposent néanmoins la mise en œuvre d’un procédé technologique autrement plus complexe : l’hydrométallurgie.
« L’hydro » : des débuts laborieux
Le procédé hydrométallurgique par mise en solution du minerai avec l’acide sulfurique a déjà été employé à divers stades de la production de nickel à Cuba depuis les années 1950. En revanche, en Australie, les premiers utilisateurs ont, par la suite, payé un prix important à l’innovation technologique. Ainsi, dans les années 1990, les premiers complexes utilisant le nouveau procédé, Bulong, Murin Murin et Cawse, ont plongé dans la banqueroute les sociétés pionnières.
Du reste, racheté depuis par le géant helvétique Glencore, Murin Murin (aujourd’hui Minara) n’a toujours pas réalisé le plan de charge initialement prévu.
Malgré ces difficultés, les grandes sociétés minières ont multiplié les projets d’exploitation de gisements latéritiques. Les gisements de sulfures n’ont pas été oubliés, surtout s’ils sont riches, mais leur taille réduite ne permettra pas à eux seuls de répondre à l’augmentation de la demande mondiale de nickel. La somme des projets de ce type (expansions de sites déjà en activité, et lancement de nouvelles unités), répertoriés d’ici à 2020 par l’USGS (United States Geological Survey, l’institut géologique des États-Unis) ne dépasse pas 350 000 tonnes. Dans le même temps, les projets d’exploitation de latérites identifiés par l’organisme pourraient, s’ils se réalisent – un grand si, car ces projets coûteux et complexes dépendent toujours du contexte du marché –, assurer une production additionnelle supérieure à un million de tonnes à l’horizon 2020.
Des risques commerciaux
À l’évidence, cet environnement particulièrement difficile a grandement contribué aux inquiétudes et aux tensions sur le marché du nickel qui avaient propulsé son cours à un plus haut historique au-dessus des 50 000 dollars la tonne au printemps 2007.
D’autant que, comme le notait David Humphreys, alors économiste de Norilsk Nickel, « les projets latéritiques tendent à être plus gourmands en investissement par unité de capacité que les projets dans les sulfures. Ceci non seulement accroît les coûts d’entrée dans la production de nickel, mais cette hausse des coûts d’investissement entraîne un taux plus élevé des coûts fixes par rapport aux taux variables de production, et en conséquence, une augmentation correspondante des risques commerciaux ».
Comme toutes les nouvelles technologies, l’hydrométallurgie a donc fait des victimes parmi les pionniers, mais son utilisation est aujourd’hui mieux connue et surtout, elle est indispensable au traitement des minerais latéritiques.
Néanmoins, rappelle Christian Hocquard, économiste au BRGM, la production de nickel issu de minerais latéritiques devrait, avant la fin de la décennie, dépasser celle réalisée à partir de minerais sulfurés.
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