Né dans un pays à l'extraordinaire biodiversité, et soucieux de présenter le visage d'un industriel respectueux de la nature, le géant Brésilien Vale déroule ses plans verts. Programmes de reboisement ou de recherche, protection de forêts... des millions de dollars US sont engagés. Ces mesures environnementales ne sont toutefois jamais trop déconnectées de la vision économique…
La dense forêt amazonienne survit derrière, à 100 kilomètres vers l'ouest. Pourtant, son vert cru colore encore le panneau de bienvenue. Passé le vigile et les bureaux administratifs, les yeux s'égarent parmi les plantes, blotties ici et là dans une large pépinière parsemée de hauts palmiers. Le décor est frais malgré le tenace soleil brésilien arrosant, à quelques pas, le trou béant de la mine. Voici Sossego, à Canaa dos Carajas. « Vale aide à protéger le domaine », note Paulo Godoy, le responsable local de l'environnement. Le géant industriel, actionnaire majoritaire de Goro Nickel en Calédonie, a la main verte : le message se veut clair. L'usine a lâché 118 000 tonnes de cuivre l'an passé, le jardin a vu grandir un million d'arbres ! « Environ 200 000 plants ont été mis en terre sur mine depuis 2002 », année d'implantation de la structure, ajoute l'employé de l'ex-CVRD. Des pots sont régulièrement offerts aux écoles du coin ; la réserve légale de Vale étendue ici sur 5 600 hectares, en profite aussi. Récolte des graines, culture de 120 variétés, puis reboisement... le mot « reconstitution » serait scientifiquement trop fort. Plus de 100 hectares ont été revégétalisés sur Sossego. Et autant sans doute, autour. Une action à l'image du programme concocté actuellement dans le Sud calédonien.
La plus vaste pépinière d'Amérique latine
L'effort environnemental, mis en avant par le groupe du P-DG Roger Agnelli, prend un nouveau souffle à Linhares. Ce Nord-Est de l'État de l'Espirito Santo présente, grâce à la compagnie, l'une des plus grandes aires de forêt Atlantique du Brésil. « Avec 22 000 hectares, la Réserve naturelle Vale est reconnue par l'Unesco comme un site du Patrimoine naturel mondial de la Côte de la découverte, et possède la plus vaste pépinière d'Amérique latine » disposée sur 28 hectares, se félicite la direction. Pied-de-nez de l'histoire, une incompétence a sauvé le lieu. Acquis par l'entreprise dans les années 50 pour son potentiel sylvicole, l'espace fut écarté de son destin premier : « Il était plus intéressant financièrement d'acheter du bois ailleurs », glisse Renato Moraes de Jesus, directeur de la Réserve Vale présent dans ce monde végétal depuis trente et un ans. Heureusement. Cette forêt Atlantique a subi, en cinq siècles, une réduction de sa surface originale de 95 %. « L'heure est venue de reconstruire », lance alors le film de promotion à Linhares.
Entretenir, comprendre, étendre le domaine... l'idée a séduit la Banque mondiale, décaissant au lancement de l'affaire 1,5 million de dollars US. Vale, elle, portait l'investissement à plus de 3 millions. Des années plus tard, et à l'image de l'action du géant industriel, le bilan de la Réserve fournit des données pharaoniques : 55 millions de plants par an sortis de la pépinière et issus de plus de 800 espèces tropicales différentes ; une récolte brute de graines de 1,6 tonne l'an passé ; 7 200 types d'insectes, 102 de mammifères et 369 d'oiseaux catalogués ; 87 nouvelles variétés botaniques découvertes sur place... La compagnie a même « formé à la recherche 60 personnes de l'État » durant une semaine. Un luxe.
30 000 touristes par an
Il y a le chercheur, le botaniste, le gardien du temple, mais l'entrepreneur reste à leurs côtés. L'économie a épousé l'écologie. Aujourd'hui, « Vale ne met pas d'argent dans la Réserve », souligne Renato Moraes de Jesus. « Au bout de trois ans, elle fonctionnait déjà en autosuffisance ». Habitants du lieu, les jaguars, paresseux et autres aigles sauvages ne le savent pas, mais la source de revenus s'étend des ventes de graines, de plants aux municipalités, et de bois dont la coupe est rigoureusement planifiée, à l'écotourisme... Vale a pensé aux charmantes petites maisonnettes implantées à deux pas de la piscine. La Réserve naturelle, ou plutôt ses 1 % de la surface ouverts au public, accueille environ 30 000 visiteurs par an. Bref, le budget de fonctionnement du site, établi à 400 000 dollars US, est visiblement financé sans difficulté. La machine verte tourne.
Tous les responsables de Vale le clament : au chapitre de l'environnement, « nous faisons plus que ce que la loi impose ». Commentée sous la plume du journaliste Lúcio Flávio Pinto en septembre 2004 dans le bulletin du World Rainforest Movement (WRM), une affaire de « déversement d'une grande quantité de déchets (...) dans la région de la forêt nationale de Carajas », est contestée par la compagnie. La politique verte au contraire, se veut soutenue. Création de l'Institut environnemental Vale (IAV), conception de programmes de recherche, aide à la protection de 1,2 million d'hectares de forêt amazonienne... la ligne est tracée. Le plan quinquennal d'investissement 2008-2012, chiffré à 59 milliards de dollars US, en réserve 4,2 pour le social et l'environnement.
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