Sous l’égide de l’ONU, l’Unesco est chargée depuis l’an 2000 de s’occuper du programme de mise en valeur des langues maternelles. Maré n’a pas tardé à mettre en application ce principe pour faire vivre le nengone.
Ce 21 février 2008, tout particulièrement, a été le premier jour d’une année consacrée entièrement à la langue vernaculaire. Ce que n’ont pas laissé passer Justin Kate et Jean Jebez, tous deux coordonnateurs de l’enseignement, en maternelle et en primaire, du pene nengone (la langue maternelle de Maré), à distinguer du pene wiwi (le français). Ils préconisent une pédagogie active, par imprégnation au travers de danses, de chants, de contes, de cuisine, de plantations et de tous les moyens propres à faire vivre cet enseignement, pour donner du sens aux apprentissages. Toute l’année, instituteurs et institutrices ont donc travaillé autour d’un projet fédérateur.
L’igname (wakoko en nengone) est le projet des instituteurs de Maré. Mercredi, c’est donc une vitrine du travail réalisé cette année par tous les élèves de l’île qui est exposée au Centre culturel Yeiwéné Yeiwéné. Titre de l’exposition : Wakoko, wacecetow ci ledaleda (Igname, un cœur qui bat). Wakoko est exprimé dans ses trois composantes : le biologique avec des panneaux très détaillés sur les espèces et leur croissance, sans oublier les espèces en voie d’extinction. Le wakoko aliment de base : les panneaux montrent des photographies des enfants en train de cuisiner l’igname, de la manger aussi. Enfin, la composante sociale, car l’igname, comme la langue, a un rôle symbolique très important dans la coutume.
« Les enfants dansent les savoirs et les savoir-faire du peuple kanak… »
Mais les panneaux, dessins et photos ne sont pas l’unique moyen d’expression de cette exposition qui se complète au fur et à mesure que les classes viennent la visiter en apportant leurs productions. Les enseignants et leurs élèves apportent avec eux une partie orale (patrimoine immatériel) sous forme d’une danse, d’un discours ou d’un conte. L’école maternelle de Wabao a ouvert le bal. La directrice, Hélène Waïemene, est venue avec une véritable petite troupe de théâtre et de danse. Les enfants ont préparé une fable dansée, parlée et chantée, sur le thème des jours de la semaine et de leur lien avec la culture de l’igname : Wanata ni kede ne waero (l’histoire de la fourmi et de la cigale), une variante de la fable de La Fontaine. Mais les cigales ont ici un rôle constructif, celui des hérauts qui sonnent les tâches à faire et indiquent les jours. Car à chaque jour correspond une tâche. Ainsi, après avoir préparé la terre toute la semaine, c’est bure lae kaka (samedi) que la plantation d’ignames est enfin mise en place, afin que rane hmijoc (dimanche) puisse être consacré au culte et au repos.
Justin Kate a remercié les enfants, les institutrices, les mamans accompagnatrices et Noël Guanere, responsable du centre culturel, qui assistait à la pièce. Il a rappelé aussi tout l’intérêt de ce type de pédagogie, en particulier pour l’apprentissage du nengone : « Les enfants dansent les savoirs et les savoir-faire du peuple kanak… »
L’exposition, écrite entièrement en nengone, sera visible jusqu’au 21 février. Elle devrait avoir la visite de cent élèves par jour auxquels s’ajoutent les visiteurs. Elle partira ensuite vraisemblablement pour Lifou afin de témoigner de la vivacité du nengone. Elle accompagnera les productions réalisées par les classes de Lifou en drehu sur le thème de l’eau. Ouvéa, pour sa part, a préparé une exposition du même type sur le thème du cocotier.
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