Marie-Agnès Tabibang sait ce qu’elle veut et se donne les moyens de l’obtenir. Après avoir exercé différents métiers, elle est désormais chauffeur d’autobus.
Marie-Agnès Tabibang est ce que l’on appelle une femme de tête. Vive et élégante, cette quasi-quinquagénaire s’exprime avec aisance et humour pour raconter l’itinéraire qui l’a conduite à devenir chauffeur d’autobus au GIE Karuia.
Née à Wallis en 1959, elle est arrivée à Nouméa à l’âge de 16 ans pour y poursuivre ses études secondaires. Elle entre dans la vie active au début des années 80 en devenant éducatrice d’internat dans les établissements de la Ddec (Direction diocésaine de l’enseignement catholique). Ses différentes affectations lui permettent de voyager et de voir du pays.
Elle se retrouve même en poste au collège de Luganville, à Santo (Vanuatu). C’est là qu’elle fait connaissance de son mari vanuatais, à qui elle donne trois enfants. De retour en Calédonie, le couple se retrouve à Thio, où Marie-Agnès est employée à la mission. « Nous sommes arrivés alors que débutaient les Événements, se souvient-elle. C’était très chaud à Thio, mais tout s’est bien passé pour nous, car nous vivions au sein de la mission que les indépendantistes ont toujours respectée. »
À la fin des années 80, elle s’impose un break pour élever ses enfants. Dès qu’ils sont en âge d’aller à l’école, en 1995, elle se remet à travailler. Elle passe un an dans l’hôtellerie, avant de s’occuper pendant huit ans de personnes âgées et de handicapés à l’Asamad de la Vallée-des-Colons, puis de pratiquer des massages thérapeutiques en tant que libérale.
C’est en 2006 que Marie-Agnès entre au GIE Karuia, comme elle l’explique : « Je suis tombée sur une petite annonce du GIE qui recherchait des chauffeurs d’autobus. Et, justement, j’avais passé le permis poids lourd et transport en commun en 1991 pour pouvoir, de temps en temps, dépanner des amis qui avaient des véhicules de transport d’enfants. Je n’ai pas hésité une seconde et ma candidature a été acceptée. »
« C’est une profession de terrain et de contacts humains »
Et là, Marie-Agnès a définitivement trouvé sa voie, car elle adore son métier : « C’est une profession de terrain et de contacts humains, on connaît beaucoup de monde et c’est bien agréable. Au GIE Karuia, nous sommes sept femmes sur un total d’une centaine de chauffeurs, mais les hommes nous respectent, car nous assurons notre travail aussi bien qu’eux. Et puis, il règne entre nous une grande solidarité, notamment quand un bus tombe en panne en plein service : les bus assurant la même ligne s’arrangent pour récupérer ses passagers. »
Quant aux usagers, pas de problème : « Bien sûr, il m’arrive d’embarquer les inévitables ivrognes qui ont tendance à faire du tapage. Mais de mon passage dans l’enseignement, j’ai conservé une aptitude à discuter et à négocier avec les éventuels fauteurs de troubles. Jusqu’ici, j’ai toujours réussi à calmer le jeu. Au pire, je suis en contact radio permanent avec le central de régulation du GIE qui pourrait, à ma demande, faire intervenir un de nos contrôleurs s’il se trouve à proximité, ou même la police. »
Marie-Agnès ne considère pas que le travail de chauffeur est physiquement pénible : « Nos nouveaux autobus ont la direction très assistée et une boîte de vitesses automatique. Pour moi qui ai appris à conduire et commencé à travailler avec des boîtes de vitesses manuelles, il n’y a aucun problème.
La seule obligation est de savoir rester concentrée et attentive, de savoir anticiper les trajectoires, car c’est gros, un autobus, surtout dans les bouchons de 7-8 heures et de 16-17 heures. »
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