| Pacifique : la roue a tourné |
Montrée du doigt par ses voisins régionaux au temps des Événements, du Rainbow Warrior et des essais nucléaires, la Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui une bulle de stabilité et de développement soutenu dans un Pacifique marqué par l’instabilité.
Dans la grande mare du Pacifique des années quatre-vingt, les territoires français étaient les vilains petits canards. Ils sentaient l’atome, les barbouzes couleur d’arc-en-ciel et les « white settlers », les « colons blancs » voués aux gémonies par la presse anglo-saxonne. En ce temps-là, les dockers de Sydney refusaient de charger nos bateaux, nos ambassadeurs étaient expulsés, Forum et Fer de lance condamnaient la France et soutenaient le FLNKS à l’ONU.
Bien changé, tout cela. La poignée de main, les accords de Matignon et de Nouméa, ont peu à peu modifié le regard du Pacifique insulaire sur les « french territories » et particulièrement sur la Nouvelle-Calédonie. Au début, une mission du Forum venait tout de même s’informer régulièrement de la situation, constater les progrès. Maintenant, c’est la Nouvelle-Calédonie qui va au Forum. Elle y est admise comme observatrice depuis 1999, et comme membre associé depuis 2006. Lors du dernier, en octobre 2007 à Tonga, les membres de l’organisation régionale ont applaudi la France en la personne du ministre de l’Outre-Mer venu présenter le positionnement de l’État dans la Région.
Un rapprochement global
Il est vrai qu’en 2003 et 2007, lors des deux sommets France/Océanie de Polynésie et de Paris, la France de Jacques Chirac a exprimé sa volonté de mieux marquer sa solidarité et de donner un nouvel élan à ses relations avec l’Océanie, particulièrement dans les domaines de l’économie, de la sécurité et de l’environnement. Dans un Pacifique insulaire où la maîtrise de la mondialisation est une question de survie, la France ne fait plus peur et n’est pas de trop face à l’expansion chinoise. Alliée puissante pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, elle met aussi au service des petits États un « Fonds Pacifique » en partie alimenté par la Nouvelle-Calédonie. Ce rapprochement global est enfin conforté par des actions plus ponctuelles de coopération, territoriales ou provinciales, notamment à l’égard du Vanuatu, historiquement et affectivement le plus proche voisin du territoire.
En vingt ans, la Nouvelle-Calédonie est passée de la guerre à la paix. Le Pacifique, lui, s’est troublé : guerre civile à Bougainville, coups d’État aux Fidji, affrontements aux Salomon et à Tonga, insécurité en Papouasie, instabilité chronique en Polynésie. La roue tourne pour les donneurs de leçons d’autrefois.
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