| Koniambo, l’usine qui fait rêver la Calédonie |
ÂDeux cent quatre-vingts millions de tonnes de minerai garniéritique d’une teneur moyenne de 2,18 %, soit 6,1 millions de tonnes de nickel contenu, des réserves d’eau en abondance, un minerai qui affleure, une baie en eaux profondes située à quelques encablures du futur lieu de production… Le rêve fou d'un mineur exalté ? Non. Ces caractéristiques, ce sont celles du massif du Koniambo. Un gisement extraordinaire sis à Koné, au Nord de la Grande Terre, arraché à la SLN en 1998 avec la signature de l’accord de Bercy, et tombé dans l’escarcelle de la province Nord au titre du rééquilibrage.
Dix ans plus tard, après de multiples atermoiements (dont le rachat de Falconbridge par Xstrata en 2006), Koniambo est en passe de devenir une réalité en même temps qu’un anachronisme dans un monde du nickel en pleine mutation. Car l’Usine du Nord sera une usine pyrométallurgique.
Le minerai y sera traité à l’aide du procédé NST (nickel smelting technology) développé par Falconbridge et repris par Xstrata. Un procédé proche de celui utilisé par la SLN, mais qui se distingue par son traitement « vertical » du minerai, et sa technologie empruntée aux cimenteries modernes.
Un risque et une ambition
Avantage de NST sur le papier : une récupération optimale des poussières et une capacité à retraiter et recycler les gaz de traitement. Inconvénient majeur, sa gourmandise énergétique : deux centrales à charbon développant une puissance cumulée de 210 MWatts seront en effet nécessaires au fonctionnement de l’usine.
Sur le plan de l’équilibre financier, le risque est réel. L’inexorable flambée du pétrole va entraîner à sa suite le cours du charbon, avec des conséquences sur la facture énergétique. Autre bémol, l'aspect environnemental : les centrales à charbon se distinguent par leurs émanations élevées de CO2 alors même que la planète entière tente de limiter celles-ci. Certes, ces gaz peuvent être traités, mais la facture se calcule en dizaines de millions de dollars US.
Koniambo ne saurait toutefois se résumer à un projet industriel. Cette usine est aussi le rêve des leaders Kanaks que furent Jean-Marie Tjibaou, Raphaël Pidjot ou aujourd’hui Paul Neaoutyine, président de la province Nord. Avec une usine métallurgique contrôlée localement à 51 %, le Nord calédonien se donne les moyens de maîtriser son destin. De l’emploi, des compétences, des retombées financières, des infrastructures et sans doute une fierté retrouvée : Koniambo est bien plus qu’un projet métallurgique. L'espérance de tout un peuple, qui pourra enfin exploiter « sa » richesse, et la promesse d'un développement plus harmonieux pour un pays en quête d'autonomie.
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