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  Provinces > Province Nord > Houaïlou - 11/07/2008    
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Tous les articles du journal du 11/07/2008

La dépollution du platier stoppée net
Le feuilleton concernant la dépollution du platier par Ballande continue. Commencés le 7 mai, les travaux, titanesques, sont arrêtés depuis le 2 juillet. Le mineur n’ayant pas payé la totalité de la somme promise à la tribu de Ba, la carrière locale refuse de livrer la totalité du chrome de fer nécessaire à la réalisation de la digue de protection.

Alors que le lagon calédonien vient d’être inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, la blessure infligée au platier de Houaïlou par la mine Ballande, un jour de janvier 2008, apparaît d’autant plus insupportable pour les membres de l’association Mèè Rhaari et pour son président, Florent Eurisouké. Et pourtant, l’affaire risque fort de traîner en longueur.
Alors que les établissements Ballande ont été condamnés par le tribunal de Koné à réaliser les travaux de dépollution, ceux-ci se font de nouveau tirer l’oreille. Endel, l’entreprise chargée des travaux, est intervenue dès le 7 mai. Il a d’abord fallu choisir une option. Le mineur avait proposé d’aménager une route de 4,2 km jusqu’à la zone de pollution pour évacuer ensuite la boue par camion. Refusé par l’association et par les anciens. « On aurait ainsi détruit une grotte riche en peintures rupestres et un morceau du patrimoine kanak », explique Florent Eurisouké. Ballande propose alors de planter des pieux tout autour de la zone, puis d’installer un filet antipollution. Nouveau refus de ses interlocuteurs qui jugent ces solutions inadaptées. Le mineur ira pourtant jusqu’au bout de son raisonnement en achetant et en installant le fameux filet (15 millions de francs pour 400 mètres de longueur). « Le vent et les vagues ont eu vite fait de l’exploser », raconte le président de Mèè Rhaari. Finalement, Ballande retient la proposition de Endel qui consiste à ceinturer la boue d’une digue de sacs de chrome de fer afin de l’évacuer sans qu’elle se disperse dans le lagon.
L’opération demande des moyens colossaux - deux pelles hydrauliques, un camion articulé et une barge - et est d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’elle se déroule dans des conditions extrêmes de « mer forte, pas protégée des vents dominants ». Malgré les risques, Endel parvient à aménager la rampe d’accès. « On a pu travailler en toute sécurité jusqu’à 25 nœuds, confirme Luc Sorlin, chargé d’affaires au département Marine d’Endel. Tout était prêt pour la mise en place de la digue. » Et là, nouveau problème.

« On a pu travailler en toute sécurité jusqu’à 25 nœuds ; tout était prêt pour la mise en place de la digue »

La carrière de la tribu de Ba, qui doit fournir les 1 200 m3 de chrome de fer nécessaires, arrête l’approvisionnement. « Ballande n’a payé que la moitié des 20 millions prévus pour l’ensemble du chargement », explique Florent Eurisouké. Aujourd’hui, le chantier est revenu au point mort. « Tant que tous les sacs ne sont pas remplis, on ne peut pas lancer le chantier », confirme Luc Sorlin. En clair, le carrier attend d’être payé pour livrer le chrome, Endel attend le chrome pour poursuivre ses travaux et Ballande fait la sourde oreille. Et pendant ce temps-là, la boue, qui a déjà tué le platier, continue ses basses œuvres dans le lagon. Une situation intolérable pour Endel. « C’est dur à tous les niveaux, confirme Luc Sorlin. Au niveau technique, au niveau financier et au niveau relationnel. Tout aurait été plus facile si la province Nord avait pris les choses en main dès le début. Nous, on s’est lancés en dépit des risques. On a montré qu’on pouvait aller au bout, mais nous ne sommes pas des mécènes. Compte tenu de la situation, j’ai préféré stopper le chantier. Et si les choses devaient perdurer, je ferai rapatrier le matériel vers Nouméa. »
De son côté, l’association Mèè Rhaari prévient : « Si Endel se retire, Ballande n’a plus rien à faire sur la presqu’île. La mine, il peut lui dire adieu. » Interrogé par téléphone, Louis Ballande dément la version, et du carrier et de l’association Mèè Rhaari. « Il a toujours été prévu de payer à la tribu huit millions pour le sable et douze millions à titre d’indemnisation. Nous n’avons pas réglé dix millions, et nous tenons le solde à la disposition du conseil des anciens. Je le répète, nous tiendrons nos engagements, mais il faudrait pour cela que certains arrêtent de nous faire chanter. » Espérons pour le lagon que le conseil des anciens de la tribu de Ba, qui doit se réunir ce samedi, mettra tout le monde d’accord.

  Le chiffre : 400 
C’est le nombre de millions que les établissements Ballande devront débourser pour ce chantier colossal. Ce montant se répartit entre Endel (240 MF) pour les travaux de dépollution et Siras Pacifique pour les travaux de revégétalisation.
  420 000 t de minerai 
Ouverte en 1976, la mine de Moneo-Ba paye aujourd’hui son mode d’exploitation qui n’a pas varié d’un iota depuis sa création. Cela ne l’empêche pas d’extraire chaque année 420 000 de minerai, dont 120 000 t de garniérite et 300 000 t de latérite. Cette mine, qui emploie aujourd’hui de 60 à 100 personnes selon les besoins, a la particularité d’être très étendue. On parle d’une concession de 11 km.
  Chrome de fer 
Pourquoi avoir choisi le chrome de fer pour remplir les sacs nécessaires à la digue ? « Parce que c’est un matériau qu’on trouve naturellement dans le sable, répond Luc Sorlin, et parce qu’en cas de problème du genre rupture de sacs, il n’y aura pas de surpollution. »
Pour Florent Eurisouké, le président de l’association Mèè Rhaari, et pour Luc Sorlin, le chargé d’affaires du département marine de Endel, l’arrêt du chantier de dépollution, qu’on peut apercevoir en contrebas, est lourd de conséquences : environnementales pour le premier et financières pour le second.
Première étape de ce chantier de dépollution, la construction d’une rampe d’accès. Longue de 90 mètres, elle se compose de deux portions : un enrochement de 50 mètres qui part de la plage et une partie constituée de neuf caissons habituellement flottants, mais qui ont été remplis d’eau pour la circonstance, afin d’éviter qu’ils ne bougent.
Voici le fameux merlon qui, le 2 janvier dernier, s’est rompu sous la pression des fortes précipitations tombées en fin d’année. Situé au sommet de la mine Monéo-Ba, il offre, depuis, le spectacle désolant d’une ouverture béante sur le platier. En début de semaine, la fameuse grue araignée était mobilisée sur le site pour tenter de faire tomber un pan de montagne fissuré et donc très fragilisé.
La digue par elle-même est composée de 900 sacs remplis, chacun, de deux tonnes de chrome de fer. Avant d’être posé sur site, chaque sac est entouré de géotextile et l’ensemble sera recouvert d’un filet pour, à la fois, résister aux courants et assurer l’étanchéité de la digue.
Outre une mer forte et des vents dominants qui flirtent souvent avec les 25 nœuds, l’entreprise doit faire face à des profondeurs de boue où même les pelles hydrauliques s’embourbent.
Le chantier mené par Endel est d’autant plus difficile à réaliser qu’il se déroule dans des conditions très difficiles. « Une fois terminé, il fera jurisprudence en termes de chantier à réaliser dans des conditions extrêmes », n’hésite pas à dire Luc Sorlin, le chef de projet du service marine de Endel.

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