Selon le porte-parole du FLNKS, Victor Tutugoro, dans la lignée de l’ancien Premier ministre Michel Rocard, l’indépendance dans le contexte de mondialisation s’avère «une gestion des interdépendances».
Le Front veut également revenir sur la scène internationale afin d’éviter tout dérapage en fin de processus de l’accord de Nouméa. Le vœu de cohésion pourrait déboucher sur le retour cette année d’un président du FLNKS.
Les Nouvelles calédoniennes : Le passage de Christian Estrosi à Yves Jégo au secrétariat d’Etat chargé de l’Outre-Mer a incarné un changement de ton et d’approche. Quel regard posez-vous sur la récente visite du ministre ?
Victor Tutugoro : La fonction de secrétaire d’Etat suppose une capacité de recul. Christian Estrosi, à mon sens, ne l’avait pas. Il était trop « cul et chemise » avec Pierre Frogier et les leaders de l’UMP locale. Yves Jégo, lui, joue son rôle de ministre, dans le ton et le fond. Il respecte la feuille de route élaborée en 1998. La discussion est donc possible, même si nous ne poursuivons pas des objectifs identiques.
LNC : Le terme employé par Pierre Frogier, président du Rassemblement, à propos de l’organisation d’un référendum d’autodétermination dès 2014, afin de « purger » la question de l’indépendance, vous a-t-il heurté ?
V.T. : « Purger » signifie quoi ? Assainir, purifier ! Que veut-on « purifier », « assainir » ? De nombreux exemples dans le monde prouvent que la revendication d’indépendance s’arrête le jour où elle aboutit. Il faut surtout voir dans sa déclaration le fait que Pierre Frogier entre en campagne pour les provinciales 2009. Il n’est plus à une polémique près. Finalement, là, Pierre Frogier ne dit rien de nouveau, il ne fait que redire ce qui est dit dans l’accord.
LNC : Est-ce une provocation ?
V.T. : Sa phrase n’est pas une provocation pour les indépendantistes, mais une provocation, peut-être, pour les non-indépendantistes...
LNC : « Le concept d’indépendance n’a plus de sens », selon l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard...
V.T. : Nous nous sommes toujours placés dans cette philosophie-là : il n’y a plus d’indépendance au sens ancien du terme. L’indépendance aujourd’hui, c’est la souveraineté, c’est la capacité de choisir soit même ses interdépendances : avec qui veut-on travailler, échanger... Il n’y a plus de pays totalement indépendants, c’est fini (dans le contexte de mondialisation). Cette phrase de Michel Rocard ne nous choque pas du tout.
LNC : Que ferez-vous le 26 juin prochain, date anniversaire de la signature des accords de Matignon ? N’y a-t-il pas eu une mésentente entre les membres indépendantistes du gouvernement voulant un jour chômé et ceux du bureau du FLNKS ?
V.T. : Nous aurions souhaité, nous le bureau politique, être associés à la discussion. Bref, l’ensemble des signataires ! Nous ne sommes pas contre sur le fond, mais c’est la forme…
Certains disent que (cette mesure) c’est un coup de force de la tendance Martin-Leroux par rapport au problème en interne de l’Avenir ensemble. Pour se démarquer. Mais nous ne sommes pas là pour arbitrer leurs rivalités. (Le bureau politique doit se réunir cet après-midi pour étudier le sujet, NDLR).
LNC : Que pense le FLNKS de l’éclatement de l’Avenir ensemble ?
V.T. : C’est malheureux. Car c’est l’éclatement d’une alternative à droite. Une alternative avec qui nous avons énormément travaillé depuis 2004. L’Avenir ensemble est pour beaucoup dans la « décrispation » de la situation, situation tendue en 2004 avec le Rassemblement. On sait pertinemment que pour continuer à dérouler l’accord de Nouméa, il faut de plus en plus de consensus entre les responsables politiques. La « cassure » de l’Avenir ensemble n’est pas de bon augure dans cette perspective-là. Et puis, un tel émiettement présente le risque de disparition du signataire à droite.
LNC : Plus de « locomotive » dans l’autre camp ?
V.T. : Exactement. Plus personne pour assumer la signature. Il y aurait l’Etat, le FLNKS, et l’autre ? Comment fait-on ? On va se trouver devant un problème.
LNC : Comment voyez-vous la suite ?
V.T. : Ce qui transparaît aujourd’hui fait craindre le pire pour l’Avenir ensemble. Qu’il n’y ait plus de retour en arrière. Peut-être vont-ils (Philippe Gomès et Philippe Michel) vers la création d’un autre parti. Il faut que, dans le paysage politique des non-indépendantistes, il y ait une force qui continue à porter la philosophie que portait jusque-là l’Avenir ensemble.
LNC : La division, le FLNKS connaît. Où en êtes-vous dans les luttes internes ?
V.T. : Nous avons traversé une situation similaire. Il n’y a pas eu de miracle, nous nous sommes ressoudés en interne autour de notre bureau politique, petit à petit. (Le FLNKS), nous ne sommes pas non plus un parti unique, mais une coalition.
Les élections municipales ont été traversées sans trop de bobos, même s’il y a eu ici ou là quelques tensions. Il y a maintenant une échéance, les provinciales. Et l’approche de toutes échéances électorales réveille des crispations en interne. Nous essayons alors de nous organiser pour minimiser tout cela. Nous ne sommes plus à couteaux tirés comme avant, c’est plus « feutré ».
LNC : Ces provinciales vous inquiètent-elles ?
V.T. : En provinces Nord et des Îles, le FLNKS – et le monde indépendantiste – est largement majoritaire. Toutefois, nous avons besoin de cohésion. C’est surtout, bien sûr, dans le Sud où il ne faut pas que l’on parte divisés. Partout, nous tournons dans les communes, les tribus, pour distiller le message.
LNC : L’action de l’USTKE ne « parasite »-t-elle pas la pensée de votre mouvement ?
V.T. : L’action de l’USTKE contribue à radicaliser les gens dans leur positionnement, au lieu de proposer des voies davantage fédératives dans le sens de l’accord de Nouméa. Une manière d’être dans le but d’alimenter son courant politique, le Parti travailliste. Ce n’est pas notre façon de voir les choses au FLNKS.
C’est sur la carence du FLNKS – désuni, incapable d’envoyer des messages – que le Parti travailliste s’est créé. Mais comme le Front s’est repris, a retrouvé les voies de sa cohésion, le Parti a dû se radicaliser pour exister. Le FLNKS doit maintenir la pression, faire du terrain, entretenir la dynamique, pour faire taire les extrêmes.
LNC : La convention de Poya en avril avait accouché d’une proposition : la réintroduction de l’élection d’un président du Front. Où en est l’idée ?
V.T. : Cela reste toujours un souhait, on y travaille. Un congrès pourrait se tenir en août ou septembre, s’il y a une candidature.
LNC : Ce président ne pourrait être issu que d’un courant « modéré »…
V.T. : Oui, « modéré » dans le sens : mise en œuvre de l’accord, et grande ouverture devant les citoyens. Il devra être ouvert dans sa ligne (politique), dans sa manière d’être, de penser, de parler… Nous cherchons, quelques noms circulent, mais je ne vous les dirai pas (rires).
L’idée du FLNKS est aussi de renforcer son organisation dans les relations régionales et internationales. Être plus présent que par le passé sur cette scène. Exemple, au 17e sommet du Fer de lance mélanésien il y a peu à Port-Vila. Nous allons faire un déplacement au sommet du Mouvement des pays non alignés, et pensons nous rendre à l’assemblée générale de l’ONU en septembre (à New York).
LNC : Pourquoi ?
V.T. : Nous nous dirigeons vers la fin de l’accord de Nouméa. Il faut que nous informions les instances internationales de son déroulement. Voilà une précaution, au cas où les choses viendraient
à déraper.
LNC : Déraper ?
V.T. : On ne sait jamais… Nous ne sommes pas à l’abri d’un Estrosi, d’un Pons. D’un verrouillage.
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