La Nouvelle-Calédonie s’apprête à se souvenir, jeudi, des vingt ans des accords Matignon-Oudinot et des dix ans de l’accord de Nouméa. Ce sera moins une commémoration qu’une « explication tendue vers l’avenir », estiment les invités des célébrations.

Alain Christnacht, Jacques Stewart, Pierre Steinmetz et Jean-François Merle : quatre hommes liés à l’histoire de la Calédonie et de sa paix retrouvée. (photo Bertille Blard-Quintard)
À la table de la conférence de presse, hier au gouvernement, trois « générations » d’acteurs du dossier calédonien. D’abord le pasteur Jacques Stewart et Pierre Steinmetz, membres de la mission du dialogue. Ensuite Jean-François Merle, l’un des négociateurs pour l’État de l’accord de Matignon. Et enfin Alain Christnacht, qui est entré dans l’affaire calédonienne au moment de l’accord Oudinot, et qui a été la cheville ouvrière de l’accord de Nouméa.
Pour les membres de la mission du dialogue, c’est l’émotion qui domine. Ils ont retrouvé une Calédonie « immuable sur beaucoup de choses », mais « profondément transformée dans les esprits » et dans le paysage, marqué par le développement. Ils sont venus, « avec une très grande joie et une très grande impatience », voir comment se sont « concrétisés les espoirs très forts de 1988 ».
Car si la mission du dialogue est un tournant de la Calédonie, la Calédonie a imprégné à jamais les envoyés de Michel Rocard. Pendant trois ou quatre ans, ils se sont régulièrement rencontrés. « Cette aventure nous a tous marqués, expliquait hier le pasteur Stewart. Elle a particulièrement marqué mon existence. Elle m’a rendu très attentif à l’importance de la parole. Et du silence aussi, d’ailleurs. »
Jean-François Merle et Alain Christnacht, aujourd’hui tous deux au Conseil d’État, ne se sont pour leur part jamais vraiment éloignés du territoire. Ils y sont venus et revenus. Pour eux, la commémoration est surtout l’occasion de parler du passé et de ses souffrances pour éclairer le présent et l’avenir ; pour « ne jamais oublier d’où l’on vient » ; pour se « souvenir du chemin parcouru » ; pour « expliquer ce qui se passe et pourquoi ça se passe ».
Il ne faut céder « ni à l’oubli, ni à l’indifférence, ni à l’ignorance des réalités complexes qui font cette histoire »
Mission du dialogue, accord Matignon, accord de Nouméa : tout cela a une « cohérence », estime Alain Christnacht. Pour l’instant, c’est l’accord de Nouméa qui est en train de vivre. Après, ce sera « un autre jour, d’autres personnes, un autre moment de l’histoire ».
Mais en attendant, il ne faut céder « ni à l’oubli, ni à l’indifférence, ni à l’ignorance des réalités complexes qui font cette histoire », et c’est dans cette optique que cette semaine commémorative « prend tout son sens », a indiqué Jean-François Merle.
Une génération s’efface, une autre arrive, ont souligné les deux acteurs des négociations de Matignon et de Nouméa. Dans ce renouvellement, il y a risque que le fil soit rompu, que de nouveaux venus n’aient pas sur les accords le même regard. Après tout, ce ne sont pas des textes sacrés, ils peuvent être amenés à vivre eux aussi une autre vie. Les nouvelles générations pourront inventer du nouveau. Mais elles ne pourront s’affranchir ni du dialogue, ni du partage, ont-ils estimé. La paix en elle-même ne suffit pas si elle demeure immobile, si elle n’est pas une paix en mouvement qui construit quelque chose.
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