| L’assemblée de la Province sud coupée en deux |
Conséquence de la fracture au sein de l’Avenir ensemble, Philippe Gomès a été mis en difficulté hier à la province Sud lors du vote d’un avis sur la montée de la Calédonie dans le capital de la SLN. Vingt voix contre vingt. C’est le vote du président, prépondérant, qui a fait la différence.
Vingt voix pour, vingt voix contre. Egalité parfaite, à ce détail près qu’en pareille circonstance, le vote du président est prépondérant. C’est donc à l’arraché que Philippe Gomès a fait adopter hier par la province Sud un avis favorable à son projet de négocier avec Eramet une montée à 51 % des participations calédoniennes dans le capital de la SLN.
« Pour la première fois depuis 2004, Philippe Gomès a été mis en ballottage », claironnaient les élus Rassemblement au sortir de la séance. Pour la première fois depuis 2004, les élus Avenir ensemble ont voté en ordre séparé.
Didier Leroux, Isabelle Ohlen et Reine Chenaud se sont tous trois prononcés contre la proposition. Alliés fidèle de l’Avenir ensemble depuis 2004, deux des quatre élus (ex) Front national ont également rejoint le camp opposé. Seuls Bernard Herpin et Pierre Mariotti ont voté pour la proposition Gomès. Il n’y a donc plus de majorité stable à la province Sud. C’est la conséquence directe de la division qui s’est formalisée samedi dernier à l’Avenir ensemble. Désormais, le président va devoir composer avec des majorités d’idées ou de circonstance, et sera dans une relative incertitude sur chaque sujet susceptible de cristalliser les divergences.
Ce qui était le cas hier, avec la proposition d’emmener la Calédonie de 34 à 51 % de participation au capital de la SLN. Proposition jugée « collectiviste » par le Rassemblement.
Le président va devoir composer avec des majorités d’idées ou de circonstance
Le raisonnement de Philippe Gomès est en substance le suivant. Le pacte d’actionnaires qui faisait la stabilité d’Eramet (holding de la SLN) depuis le début des années 2000, est en passe de voler en éclats. La famille Duval, qui en détient 37 % veut vendre ses actions dont la valeur s’est multipliée par 20 en quatre ans.
Ce qui mettrait Eramet à la portée d’une OPA d’un groupe mondial, lequel n’aurait pas forcément comme priorité la rénovation d’une SLN vieillissante. D’où l’importance pour la Calédonie de s’assurer la maîtrise de la société qui fait sa prospérité depuis un siècle. « Il est tout aussi capital pour notre pays de contrôler la SLN qu’Aircalin, la BCI ou Enercal. C’est une question stratégique. La France ne fait pas autre chose avec l’électricité, le nucléaire ou les transports. La Norvège fait de même avec son pétrole. Ça nous permettra d’accélérer le projet «Doniambo propre» et de mieux agir en faveur de l’environnement. »
«51 %, c’était la volonté des indépendantistes en 2000. Votre proposition est socialiste et indépendantiste, a rétorqué Pierre Bretegnier. Elle ne permettra pas plus de préserver l’environnement qu’avec les lois en vigueur. Au contraire, les usines d’État, en Russie ou à Cuba sont les plus polluantes de la planète. Par ailleurs, nous risquerions ne nous couper des circuits commerciaux d’Eramet, de son centre de recherche. Lorsque l’heure viendra de moderniser la SLN, la Calédonie ne pourra pas suivre, même en levant des impôts. »
Pour Isabelle Ohlen, « l’option que vous proposez n’est ni réaliste, ni réalisable. Mieux vaut, comme l’a suggéré l’Usoenc, essayer de renforcer la position calédonienne dans Eramet avec l’aide de l’État. »
«Je ne suis ni indépendantiste ni socialiste, a répondu Philippe Gomès. Partout, les États cherchent à reprendre le contrôle des entreprises dans le secteur des ressources naturelles. Notre démarche s’inscrit dans cette tendance. »
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