Ils sont là depuis le début. Corinne Voisin, l’actuelle maire de La Foa, et Philippe Gomès, son prédécesseur, par qui tout a commencé, ont vu le festival devenir incontournable pour les cinéphiles et les cinéastes calédoniens. Retour sur la petite histoire du festival.
S’il devait revenir vingt-cinq ans en arrière, Philippe Gomès serait cinéaste. La vie en a décidé autrement pour l’homme politique, qui a toujours gardé en lui ce désir inassouvi. Élu maire de La Foa en 1989, il rêve de voir un jour un cinéma dans cette petite commune de 3 500 âmes. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas associer l’ouverture du premier cinéma de Brousse à un événement culturel ? C’est chose faite en 1999.
Le jour où Philippe Gomès est venu chercher Corinne Voisin, la jeune femme, qui ne se voyait qu’en bonne spectatrice, accepte cette idée incroyable et prend la présidence de l’Association du festival, et de celle du cinéma de La Foa, auquel Jean-Pierre Jeunet donnera son nom quelques mois plus tard. « Il était aussi ému que nous et nous a mis très rapidement à l’aise. Recevoir une star de cinéma dans un petit village, c’est beaucoup d’appréhension », se souvient Corinne, qui occupe désormais le fauteuil de maire de la commune.
En 1999, dans le village, les habitants se demandaient bien à quoi servirait un cinéma et remarquaient qu’« il fallait peut-être d’abord reboucher les trous de la route ». « Ce n’est pas parce qu’on est un petit village de Brousse qu’on n’a pas droit à un festival », rétorquaient les organisateurs.
Dès la première édition, des films sont programmés à Nouméa, mais la ville ne connaît pas l’ambiance festive de Brousse qui se crée autour du Cinéma d’ici. « L’objectif était de permettre aux gens du pays de découvrir des films autres que commerciaux, des films de haute qualité et récompensés par d’autres festivals », se souvient Philippe Gomès. « Et puis, nous avons ouvert un espace création aux Calédoniens, avec le concours de jeunes, afin de permettre aux talents locaux de s’exprimer sur la toile. »
« Je continue à rêver qu’un jour viendront David Lynch, Quentin Tarentino... »
En neuf ans, ces deux piliers du festival garderont pour toujours le souvenir de merveilleuses rencontres. « Jean-Pierre Jeunet venait de remettre le scénario d’un film. Il nous expliquait qu’il avait une boîte où il rangeait ses idées. Au bout de quinze ans, il a retourné cette boîte. Cela a donné Amélie Poulain », raconte Philippe Gomès. De grands noms ont suivi le cinéaste. Claude Pinoteau, Catherine Jacob, Gérard Jugnot, Jane Campion, Gérard Darmon, Charles Berling… « Jane Campion nous a beaucoup marqués par la qualité de ses films. C’était quelqu’un qui avait des exigences et qui en rentrant chez elle nous a écrit une longue lettre qui disait : “Je ne veux rien, vous m’avez tellement donné ! “ », se souvient Corinne Voisin. Elle venait de renvoyer son cachet. « Qui aurait rêvé qu’elle vienne un jour fouler notre terre ? », se demande Philippe Gomès, pour qui cette rencontre fut pleine d’émotion. « Après la chance d’avoir accueilli les plus grands noms du cinéma français, dont Patrice Leconte cette année, dix ans plus tard, je continue à rêver qu’un jour viendront David Lynch, Quentin Tarentino, Woody Allen qui ne prend jamais l’avion, Almodovar… J’ai le droit de rêver. »
Jamais le festival de La Foa n’a connu autant de participation qu’aujourd’hui. Il y avait 12 productions locales en concours lors de la première édition. Il y en a 40 cette année. À l’évidence, le festival de La Foa a donné la foi. Celle qu’un jour un petit cinéma de Brousse accueillerait les plus grands noms du cinéma. Géraldine Pion
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