Le feuilleton concernant la dépollution du platier par Ballande continue. Commencés le 7 mai, les travaux, titanesques, sont arrêtés depuis le 2 juillet. Le mineur n’ayant pas payé la totalité de la somme promise à la tribu de Ba, la carrière locale refuse de livrer la totalité du chrome de fer nécessaire à la réalisation de la digue de protection.
Alors que le lagon calédonien vient d’être inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, la blessure infligée au platier de Houaïlou par la mine Ballande, un jour de janvier 2008, apparaît d’autant plus insupportable pour les membres de l’association Mèè Rhaari et pour son président, Florent Eurisouké. Et pourtant, l’affaire risque fort de traîner en longueur.
Alors que les établissements Ballande ont été condamnés par le tribunal de Koné à réaliser les travaux de dépollution, ceux-ci se font de nouveau tirer l’oreille. Endel, l’entreprise chargée des travaux, est intervenue dès le 7 mai. Il a d’abord fallu choisir une option. Le mineur avait proposé d’aménager une route de 4,2 km jusqu’à la zone de pollution pour évacuer ensuite la boue par camion. Refusé par l’association et par les anciens. « On aurait ainsi détruit une grotte riche en peintures rupestres et un morceau du patrimoine kanak », explique Florent Eurisouké. Ballande propose alors de planter des pieux tout autour de la zone, puis d’installer un filet antipollution. Nouveau refus de ses interlocuteurs qui jugent ces solutions inadaptées. Le mineur ira pourtant jusqu’au bout de son raisonnement en achetant et en installant le fameux filet (15 millions de francs pour 400 mètres de longueur). « Le vent et les vagues ont eu vite fait de l’exploser », raconte le président de Mèè Rhaari. Finalement, Ballande retient la proposition de Endel qui consiste à ceinturer la boue d’une digue de sacs de chrome de fer afin de l’évacuer sans qu’elle se disperse dans le lagon.
L’opération demande des moyens colossaux - deux pelles hydrauliques, un camion articulé et une barge - et est d’autant plus difficile à mettre en œuvre qu’elle se déroule dans des conditions extrêmes de « mer forte, pas protégée des vents dominants ». Malgré les risques, Endel parvient à aménager la rampe d’accès. « On a pu travailler en toute sécurité jusqu’à 25 nœuds, confirme Luc Sorlin, chargé d’affaires au département Marine d’Endel. Tout était prêt pour la mise en place de la digue. » Et là, nouveau problème.
« On a pu travailler en toute sécurité jusqu’à 25 nœuds ; tout était prêt pour la mise en place de la digue »
La carrière de la tribu de Ba, qui doit fournir les 1 200 m3 de chrome de fer nécessaires, arrête l’approvisionnement. « Ballande n’a payé que la moitié des 20 millions prévus pour l’ensemble du chargement », explique Florent Eurisouké. Aujourd’hui, le chantier est revenu au point mort. « Tant que tous les sacs ne sont pas remplis, on ne peut pas lancer le chantier », confirme Luc Sorlin. En clair, le carrier attend d’être payé pour livrer le chrome, Endel attend le chrome pour poursuivre ses travaux et Ballande fait la sourde oreille. Et pendant ce temps-là, la boue, qui a déjà tué le platier, continue ses basses œuvres dans le lagon. Une situation intolérable pour Endel. « C’est dur à tous les niveaux, confirme Luc Sorlin. Au niveau technique, au niveau financier et au niveau relationnel. Tout aurait été plus facile si la province Nord avait pris les choses en main dès le début. Nous, on s’est lancés en dépit des risques. On a montré qu’on pouvait aller au bout, mais nous ne sommes pas des mécènes. Compte tenu de la situation, j’ai préféré stopper le chantier. Et si les choses devaient perdurer, je ferai rapatrier le matériel vers Nouméa. »
De son côté, l’association Mèè Rhaari prévient : « Si Endel se retire, Ballande n’a plus rien à faire sur la presqu’île. La mine, il peut lui dire adieu. » Interrogé par téléphone, Louis Ballande dément la version, et du carrier et de l’association Mèè Rhaari. « Il a toujours été prévu de payer à la tribu huit millions pour le sable et douze millions à titre d’indemnisation. Nous n’avons pas réglé dix millions, et nous tenons le solde à la disposition du conseil des anciens. Je le répète, nous tiendrons nos engagements, mais il faudrait pour cela que certains arrêtent de nous faire chanter. » Espérons pour le lagon que le conseil des anciens de la tribu de Ba, qui doit se réunir ce samedi, mettra tout le monde d’accord.
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