Lundi, une page d’histoire s’est tournée dans la vie coutumière de Kunié avec les derniers palabres actés par les gendarmes avant qu’ils ne perdent, le 1er septembre prochain, cette compétence au profit des officiers civils coutumiers.
Depuis soixante ans, alors que le gendarme était « le résident », avant de devenir « syndic des affaires autochtones », la signature des procès-verbaux de palabre donnant à l’administration le signe de l’acceptation des clans à toute décision, s’est faite par l’intermédiaire des gendarmes.
« Voici trente-cinq ans, les palabres étaient actés à la gendarmerie. Après ma nomination à la fonction de grand chef, nous avons décidé qu’ils se signeraient au sein de la grande chefferie, par souci de commodité, le lieu se trouvant à Vao. Depuis, les gendarmes ont toujours été présents et je tiens à saluer leur impartialité, leur disponibilité et leur patience dont ils ont toujours fait preuve », a tenu à souligner Hilarion Vendegou. Il est vrai qu’au cours de toutes ces années, la gendarmerie a assisté à toutes sortes de discussions, même si sa présence n’intervient qu’à la fin du processus entre les clans. Et parfois, les discussions peuvent être vives. « Il est même arrivé que les protagonistes en viennent aux mains, heureusement, ces cas sont rares. Il n’est ici question, le plus souvent, que d’enregistrer des décisions qui sont le fruit d’un consensus obtenu auparavant. »
Toujours par souci de commodité, chaque tribu possède son jour de palabre, habituellement tenu les lundis. Cette « saison des palabres » dure au moins huit semaines par an (huit tribus à l’île des Pins), et, cette année, un peu plus puisque deux sessions ont été organisées « pour en effectuer un maximum avant l’arrivée des officiers civils coutumiers ».
« Je tiens à saluer leur impartialité, leur disponibilité et leur patience dont ils ont toujours fait preuve »
Lundi, c’est la tribu de Vao, où la grande chefferie est installée, qui a vu son tour arriver pour la dernière des gendarmes. Les notables de la tribu, devant le grand chef, ont ainsi pu discuter une dernière fois devant les hommes en uniforme sur les palabres inscrits ce jour. Certains « ont regretté que les gendarmes soient dorénavant un peu déconnectés des réalités culturelles de l’île » et ont fait part de leurs interrogations sur l’avenir. « Nous n’avons aucune information quant au déroulement futur », se sont plaints les notables. Le grand chef n’a pas pu, « faute d’informations plus précises », beaucoup les éclairer sinon en leur précisant « qu’il est prévu de nommer deux officiers publics par aire coutumière. Sur le territoire, il en existe huit et je sais que treize personnes ont été à ce jour recrutées et qu’elles sont en cours de formation. Pour le reste, j’espère qu’elles garderont les qualités de service qu’ont montrées les gendarmes depuis plus de soixante ans. » Parce que l’événement méritait bien d’être marqué, les gendarmes présents ce jour-là, « au nom de tous vos nombreux prédécesseurs », ont été invités à planter un arbre dans le jardin de la grande chefferie.
En attendant que les OPC (officier public coutumier) viennent à l’île des Pins, les procès-verbaux de palabre vont être suspendus. Se pose alors la question de la gestion des affaires à venir. Faudra-t-il les attendre et par conséquent bloquer certaines décisions ? Et deux OPC par aire coutumière seront-ils suffisants ?
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