| Didier Leroux : « La desserte des petits pays du Pacifique est en danger » |
Plus de deux cents personnes venues des quatre coins du Pacifique ont fêté les quarante ans de la Sofrana, jeudi soir, à Auckland. Didier Leroux, P-DG de la Compagnie maritime calédonienne, en a profité pour dresser un bilan.
LNC : Quarante ans d’existence pour Sofrana, dont dix dernières années florissantes, cela frise l’exploit à l’heure de la mondialisation et où de grosses compagnies maritimes lorgnent le marché du Pacifique ?
Didier Leroux : C’est vrai que cela n’est pas évident. La plupart des compagnies maritimes régionales ont disparu avant cet âge-là. Sofrana est arrivée à survivre. Et nous en sommes très fiers.
LNC : Comment la Sofrana a-t-elle survécu ?
D.L. : Nous avons dû rationaliser nos opérations. Il y a trois ans, nous avons eu une année très difficile, parce que le prix des navires que nous affrétions a doublé, et le prix des soutes, du carburant, commençait déjà à s’envoler. Nous n’étions pas les seuls dans cette situation, et cela nous a obligés à rationaliser nos opérations. C’est-à-dire que nous avons été obligés de charger nos marchandises sur les mêmes bateaux avec nos concurrents. Cela ne plait pas beaucoup à nos clients. Mais il n’y avait pas le choix. C’était ça ou disparaître.
LNC : C’est-à-dire qu’aujourd’hui, Sofrana, Reef shipping, PDL, etc. utilisent les mêmes bateaux ?
D.L. : Chaque fois c’est possible oui. Nous avons un « vessel sharing agreement » et chacun dispose d’un espace réservé du bateau en fonction de ses besoins.
LNC : Comment voyez-vous les quarante prochaines années pour Sofrana ?
D.L. : Ce qui est important c’est que tous les Etats insulaires du Pacifique se rendent compte que les Global carriers, c’est-à-dire les grosses compagnies maritimes internationales, Maersk, MSC, etc, peuvent détruire la desserte des petites îles de la région.
Car toutes ces dessertes sont organisées selon des routes à multiples escales. Alors, lorsqu’une compagnie internationale touche Nouméa en provenance de Nouvelle-Zélande, si elle nous prend la moitié du fret sur cette ligne, elle n’est plus assez rentable pour desservir ensuite Port-Vila, Honiara, etc.
Car c’est souvent le tronçon Nouvelle-Zélande Nouvelle-Calédonie qui paye pour les autres. C’est donc l’approvisionnement des petits pays qui est en danger.
Il faut que les grands transporteurs s’habituent à nous utiliser comme feeders, pour desservir les petits Etats du Pacifique, plutôt que de venir jouer dans notre cour.
LNC : Quel est le but de cette soirée ?
D.L. : Sofrana a une image dans le Pacifique. Il faut la faire vivre. Cette soirée est bien sûr l’occasion de montrer que nous sommes là et de marquer le coup. Elle se situe aussi dans notre stratégie globale qui est d’offrir un service plus personnalisé que les grosses compagnies.
LNC : Vous êtes un « grand » patron et vous menez une carrière politique, comment trouvez-vous le temps de mener ces deux activités de front ?
D.L. : J’ai la chance d’avoir deux fils. Lorsque j’ai été nommé au gouvernement, ils ont repris chacun une partie de mes affaires. Ils s’en sont bien tirés et cela m’a permis de me libérer. Jérôme Gavelle
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