Parce qu’il voulait savoir qui venait d’abîmer sa voiture, un homme de 39 ans s’est fait sévèrement tabasser par une bande de jeunes, au début du mois. Les agresseurs ont été lourdement sanctionnés, hier au tribunal de Nouméa.
Trois semaines se sont écoulées, au squat Coca-Cola de Nouméa, depuis le week-end du 7 juin. Vers 10 heures du matin, ce samedi-là, un homme est passé tout près de la housse et du tombeau. « Avec ce genre d’affaires, il suffit qu’un foie éclate pour que l’on ait affaire à la mort », souligne le procureur, Didier Blanguernon. « Ce genre d’affaires », c’est ce que le président Lauqué appelle un « nid de guêpes, comme on dit ici ». Et un sévère. Avec bout de bois et manche de râteau, diront des voisins.
La victime « niguépée » est un homme de 39 ans, qui avait garé son 4x4 à l’entrée du squat. Il est parti, puis il est revenu. Et il s’est énervé, en voyant la plage arrière et le phare avant de son bolide brisés à coups de pierre. Il a demandé autour de lui, on lui a parlé d’une bande qui buvait, un peu plus haut. « Je lui ai dit : n’y va pas, se souvient un témoin, appelé par la défense. Ils ont bu et ils sont nombreux. »
À la barre, hier, ils étaient cinq, de 21 à 29 ans, « tous cousins ». Et tous saouls à l’époque, entre 1,5 et 3 grammes d’alcool par litre de sang.
Fractures, paupière éclatée, et 65 jours d’arrêt de travail
« Qui a frappé le premier ?» demande leur avocat, Alain Labro. Mais la question perd de son sens, à la lecture des plaies de la victime. Fractures à gogo (cheville, orbite droit), paupière éclatée, et 65 jours d’arrêt de travail. « Il s’est jeté sur moi », se défend l’un des prévenus. « J’ai tapé, mais il était debout, encore », clame l’autre. « J’ai juste donné des coups de pied, il n’y avait pas de bâton » assure le troisième. Un seul niera catégoriquement s’être trouvé là (« les policiers m’ont forcé à parler »). Ses compagnons le disculpent à l’unisson (« il était trop fracassé »). Il sera relaxé au bénéfice de la cuite.
Pas les autres. Les questions du président les enfoncent, chacun à son tour. Celui-ci a baffé le témoin qui l’a désigné, le jour de la rixe. Celui-là a changé de version. Le troisième a donné une fausse identité.
- « Pourquoi ? »
- « Je voulais être militaire. »
- « Vous vous y prenez mal. »
Rires dans la salle, où une trentaine de proches sont venus soutenir « les gosses ». Le procureur achève avec un réquisitoire presque désabusé, sur « cette alcoolisation massive, énorme, quasiment rituelle ». Il demande de la prison ferme. L’avocat surprend en proposant « des travaux d’intérêt général, très forts ». Ce sera 18 mois pour le seul récidiviste de la bande, 10 pour celui qui avait esquinté la voiture, 8 mois pour les deux derniers. La victime, elle, est toujours à l’hôpital.
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