Gaël Yanno, député de la première circonscription calédonienne depuis juin 2007, a quitté Nouméa, hier, pour son dixième déplacement à Paris. Dix voyages en un an tout juste. Un rythme soutenu, voulu par ce primo député pour « apprendre le métier ».
Les Nouvelles calédoniennes : Un jour ici, le lendemain à Paris… Comment organisez-vous votre travail ?
Gaël Yanno : J’avais pris l’engagement, lors de la campagne électorale, d’être le plus présent possible à Paris. Pour apprendre mon métier de député, pour créer des réseaux, il faut être présent à l’Assemblée. Depuis que je suis élu, j’en suis à mon dixième déplacement. Ce qui m’a conduit à une organisation de vie un peu particulière, avec beaucoup de compréhension de la part de ma famille.
J’ai fait le choix, pour l’instant, d’être hébergé au sein même de l’Assemblée. J’ai ma chambre dans le même bâtiment que mon bureau, rue Saint-Dominique. L’hémicycle est juste en face, je n’ai qu’à traverser la rue. Je vis comme en internat… Les ultra-marins, nous sommes les seuls à pouvoir rester le week-end. La plupart des autres députés ne sont présents que les mardis, mercredis et jeudis, et passent le reste de la semaine dans leur circonscription.
LNC : Être si loin si souvent, n’est-ce pas se couper de sa circonscription et de l’actualité politique calédonienne ?
G. Y. : Non, parce qu’en dehors du mois de janvier, période politiquement creuse où je passe cinq semaines d’affilée à Paris avec ma famille, mes séjours ne sont que d’une à deux semaines. Ce ne sont pas de longues coupures.
Quand je suis ici, mon mandat municipal me replonge rapidement dans la réalité calédonienne, et notamment nouméenne. Je continue à suivre les réunions de quartiers. C’est l’utilité d’avoir un mandat local à côté d’un mandat national. Je n’oublie pas non plus que ma circonscription couvre les Loyauté. J’essaie de garder un lien avec les îles. J’ai passé quatre jours à Maré pour le long week-end du 1er mai, quatre jours à Ouvéa pour celui du 8 mai ; en mars, j’ai assisté à la cérémonie de l’igname à la grande chefferie de Lössi, à Lifou.
Quand je suis à Paris, je suis l’actualité calédonienne sur le site Internet des Nouvelles. Lnc.nc, c’est top ! Je regarde aussi le journal télévisé de RFO, diffusé en direct en Métropole à 10 h 30 sur France Ô. Je m’efforce également d’écouter le journal radio de RRB. Je me fais mettre en attente sur leur standard, qui diffuse la radio…
J’ai ces trois moyens quotidiens, j’en utilise au minimum un par jour. Je me tiens constamment informé par les médias. En plus des contacts téléphoniques que j’ai chaque jour avec mes collèges élus, les services de la mairie, etc.
LNC : Un an après, à Paris, vous n’êtes plus un bizuth…
G. Y. : À l’Assemblée, nous sommes 577. Il y en a encore que j’ai du mal à situer, mais les relations sont nouées. Je suis dans la commission des finances, une relativement petite commission avec 73 membres, alors que d’autres, comme celle des affaires économiques, en ont jusqu’à 145. La mienne se réunit très souvent, et c’est là que je me suis créé des liens, avec Didier Migaud le président, Gilles Carrez le rapporteur général, des gens comme Jérôme Chartier, Charles de Courson…
Le premier moyen de créer des liens, c’est de travailler avec d’autres députés en commission. L’autre moyen, c’est souvent de se retrouver dans l’hémicycle, le soir ou à la pause dîner, avant la reprise de la séance de nuit. Et puis il y a évidemment des liens avec ceux qu’on appelle les « Bleus » de l’UMP. Ils sont 53 parmi les 321 nouveaux députés élus en 2007. La plupart sont de ma génération, des quadragénaires, et ils ont fait le même chemin de découverte.
Enfin, il y a eu l’aide de Pierre Frogier, qui connaissait l’Assemblée avant moi et qui a contribué à m’ouvrir des portes.
LNC : Quels sont les dossiers que vous avez traités jusqu’ici ?
G. Y. : Depuis le début de la mandature, nous avons voté 94 lois, ce qui est un rythme énorme. Les dossiers calédoniens et ceux de l’outre-mer sont pour moi une priorité. Mais j’ai souhaité travailler aussi sur certains sujets métropolitains, nationaux, pour ne pas être identifié uniquement comme un député cocotier. Je fais donc un gros travail à la commission des finances. Je privilégie quand même les textes nationaux qui ont des répercussions sur la Nouvelle-Calédonie. Il y a en deux sur lesquels j’ai plus particulièrement travaillé : la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, qui doit être étendue par ordonnance à l’université de la Nouvelle-Calédonie, dans les mois prochains, et la loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, la fameuse loi Rachida Dati. Elle a un lien avec mon mandat local, puisque la sécurité et la prévention contre la délinquance sont des sujets majeurs de l’action municipale. C’est un outil important, mais on le voit bien insuffisant au vu de l’évolution de la délinquance.
Il y a aussi un travail de sensibilisation en cours, avec Jean-François Copé et le groupe UMP, pour que les permanents de l’UMP portent une attention plus particulière aux lois de compétence État qui nécessitent une mention spéciale pour leur application outre-mer.
LNC : C’est bientôt la pause estivale en Métropole. Quel sera votre programme à la rentrée d’octobre ?
G. Y. : Le travail en commission m’a conduit à être désigné dans deux missions d’évaluation, l’une sur les niches fiscales et l’autre sur les enjeux des nouvelles normes comptables. C’est une façon pour moi, avec le travail en commission et le travail d‘amendement en séance publique, de m’impliquer totalement dans le travail parlementaire, d’en maîtriser les procédures et les techniques pour quand il y aura des textes vraiment importants sur la Nouvelle-Calédonie.
En octobre-novembre, à la rentrée parlementaire, ce sera très chaud avec l’examen des opérations outre-mer dans le budget de l’État. Il faudra être vigilant puisque le mot-clé aujourd’hui est « RGPP », révision générale des politiques publiques, qui implique une rationalisation des dépenses de l’État. Il faudra argumenter, défendre les positions de l’outre-mer et plus particulièrement de la Nouvelle-Calédonie. Il va également y avoir un sujet important sur les niches fiscales, qu’il faudra amender pour éviter une diminution des effets bénéfiques de la défiscalisation en Nouvelle-Calédonie. Je serai présent pour me battre sur ce dossier. Il y aura enfin la Loi de programmation outre-mer, et la révision du système de majoration des retraites des fonctionnaires de l’État. Cela voudra dire un travail d’amendement en commission, puis en séance publique dans l’hémicycle. C’est un travail lourd.
D’autant qu’il y aura aussi, à la rentrée, des textes qui me tiennent à cœur : la modernisation des institutions de la Ve République, le texte relatif au Grenelle de l’environnement et le projet de loi pénitentiaire. Je crois que pour réduire la délinquance, il faut de la prévention, également de la répression, mais qu’aujourd’hui, au centre pénitentiaire de Nouville, les conditions de détention ne sont pas un facteur de réinsertion. Il y a des améliorations importantes à réaliser.
LNC : À Paris, vous travaillez en commission avec des députés socialistes, communistes ou nouveau centre. Est-ce qu’ici vos adversaires politiques vous demandent d’intervenir sur tel ou tel dossier ?
G. Y. : Non, jamais. L’Association française des maires me sollicite pour faire avancer des dossiers concernant les communes mais je n’ai jamais été saisi par le gouvernement ou les provinces. Et si je l’étais pour une cause d’intérêt général au bénéfice des Calédoniens, je ne vois pas pourquoi je refuserais de la défendre. Sur la question des bourses d’enseignement supérieur, par exemple, je suis intervenu de mon propre chef ; pourtant ce sont bien les provinces qui sont concernées.
Mais c’est vrai qu’il n’y a pas ce réflexe-là, et c’est regrettable. On ne m’a pas sollicité. Il est vrai aussi que je n’ai pas sollicité davantage, parce que j’ai déjà plus qu’à faire. Je ne suis pas allé chercher du travail en plus. Peut-être aussi qu’ils n’ont pas besoin de moi… Je ne vais pas courir après, mais pour défendre un dossier à Paris, s’il me paraît utile et positif pour la Nouvelle-Calédonie, je serai toujours là.
mon métier »'>Henri Lepot
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