C’est un Medef grognon qui tenait hier son point de presse mensuel, essentiellement pour demander aux politiques de ne pas embarquer le monde de l’entreprise dans des aventures sociales justifiées par la seule proximité des élections provinciales…
Poursuite du dialogue social, formations conjointes employeurs/salariés sur la gestion des conflits, réforme de la retraite Cafat, de l’assurance santé complémentaire, des accidents du travail, du service médical interentreprises, décompression des salaires de milieu de grille tassés par l’augmentation du SMG, accords de branches… Le Medef a du pain sur la planche et il travaille, assure Jean-Yves Bouvier, le patron des patrons calédoniens. Mais parce qu’il « travaille dans la durée », ajoute-t-il aussitôt, il a besoin de « stabilité et de visibilité ». Et pas besoin, a contrario, d’être « perturbé » par le calendrier politique à moins d’un an des provinciales, « confronté à des annonces et positions qui engagent les entreprises et ne se font pas dans la concertation ».
La cible est évidemment le gouvernement, sur au moins deux exemples. D’abord le 26 juin férié. Certes, admet Jean-Yves Bouvier, l’idée était intéressante, même si ses pairs du comité directeur du Medef n’en ont pas jugé ainsi. Au-delà du fait qu’elle aurait coûté quelque 500 millions aux entreprises, elle était pour le secteur privé, affirme le patronat, génératrice « de contraintes et de conséquences non négligeables, impossible à gérer au plan pratique sans concertation en amont ». D’où les réticences des employeurs, qui ont été très peu nombreux à s’associer à la démarche commémorative souhaitée par le gouvernement.
« Avant de parler de redistribution, il faut savoir ce que sont réellement les salaires consolidés »
Rien n’empêche cependant, assure le Medef, de mettre la question à l’étude dans l’année qui vient, de revisiter sur ce sujet l’Accord interprofessionnel du travail et pourquoi pas de discuter entre partenaires sociaux de l’opportunité de remplacer en 2009 le 24 septembre qui divise par un 26 juin plus fédérateur.
Ensuite la « prime bonus » de fin d’année, pour laquelle le gouvernement s’est engagé à prendre à son compte les charges sociales. Certes, admet le Medef, elle est facultative. Mais le patronat est « dubitatif » sur son opportunité. D’abord parce qu’elle pourrait créer ou accentuer des discriminations entre public et privé et entre entreprises de taille différente ; ensuite parce que « cette proposition dangereuse va inciter les syndicats à la revendication ».
Surtout, le Medef a rappelé qu’il est opposé à l’augmentation du SMG à 150 000 francs, qu’il ne peut pas avancer sans lisibilité, et que la priorité est plutôt à une étude globale sur la réalité des rémunérations en Nouvelle-Calédonie et à la mise en place d’un outil de mesure de l’évolution des salaires. « Les efforts des entreprises demandent à être analysés, a souligné Jean-Yves Bouvier. Il faut sortir du passionnel pour entrer dans le concret et le rationnel. Avant de parler de redistribution, il faut savoir ce que sont réellement les salaires consolidés. »
Nous souhaitons, a-t-il poursuivi, « interpeller les politiques pour leur dire qu’il n’y a pas concordance entre leur agenda électoral et le nôtre, que le travail de fond doit être partenarial, que nous voulons construire les dossiers et pas être mis devant le fait accompli ».
Pour le patronat, c’est aussi un peu le cas du Prego, le programme de reclassement des salariés en fin de parcours à Goro Nickel. Là encore, le Medef estime que les mesures envisagées sont « inquiétantes » dans leur financement, pour partie « discriminatoires », et qu’il y a carence des institutions dans l’installation de nouvelles zones industrielles et artisanales capables d’accueillir de nouvelles entreprises susceptibles d’absorber du personnel. « On a perdu beaucoup de temps », a souligné à cet égard Jean-Yves Bouvier.
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