Le groupe SMSP et le Coréen Posco, premier producteur d’aciers inoxydables au monde, scellent aujourd’hui leur partenariat sur le terrain. La toute première livraison mensuelle de 150 000 tonnes de minerai, à destination du centre industriel de Gwangyang, se prépare dans le Nord à Téoudié. Visite, en camion et en remorqueur.
Le minerai est palpé, photographié, broyé sous les doigts, et examiné. Le soleil du Nord a beau chauffer leurs casques multicolores, les techniciens coréens, droits comme des i et peu bavards, lézardent entre les hauts amas de terre disposés en ligne. « Nous ne pouvons nous autoriser des erreurs », lâche un retardataire de la délégation dans un anglais saccadé. « Sinon, les soucis se cumulent au niveau de l’usine. » Le groupe SMSP lance sa toute première livraison mensuelle de 150 000 tonnes de minerai, à destination du centre industriel de Gwangyang en Corée du Sud, entité née du partenariat avec Posco, le premier producteur d’aciers inoxydables au monde. Cette fin juin-début juillet porte la consécration de dix-huit années de travail et étaye le principe clé du rééquilibrage. Et pour cause, le fruit de la présente entente s’avère une ressource levier en vue du financement de la construction de l’usine du Nord. Le moment est presque solennel.
« On a commencé à charger dimanche matin », glisse Eric, bleu de travail sur les épaules et barbe noire au menton. Point calédonien le plus proche de l’Australie, Téoudié, à Kaala-Gomen, regarde aujourd’hui vers « le pays du Matin calme ». Le premier stock de 150 000 tonnes, destiné à calibrer le four de l’usine pyrométallurgique, part en trois fois. Arrivé dans la nuit le week-end dernier, l’imposant minéralier Seaboss quittera la baie demain ou vendredi, avec 50 000 tonnes dans le ventre. Puis deux autres navires accompliront, dans la foulée, la même mission.
Téoudié, à Kaala-Gomen, regarde aujourd’hui vers « le pays du Matin calme »
Pas le temps de batifoler, Posco attend, le partenariat se joue ici. L’opération se veut même « capitale » selon la direction, « dans la mesure où l’usine a été conçue et dimensionnée pour répondre à une teneur en nickel de 2,27 %, un fer autour de 13 % et une granulométrie inférieure à 100 millimètres ». Ces paramètres impliquent « un approvisionnement complexe, obligeant à jouer sur les différentes zones de production », en l’occurrence, présentement, divers sites du massif minier de Ouazanghou. De la montagne aux cicatrices rouges descendent des dizaines de camions. Le ballet est stoppé net, à l’entrée du site de la SMSP à hauteur d’une tourelle, d’où André prélève un échantillon. Combien de pelletées par jour, André ? « Beaucoup. » Ces « prises », dans le jargon, sont envoyées pour analyses et vérifications au laboratoire de l’ancien village minier, Ouaco, situé juste à côté.
À Téoudié, le groupe du Nord a huilé son « horlogerie », posée entre l’aire de stockage, les espaces de séchage, le tri granulométrique avec la machine à tapis roulants, et le wharf pour l’embarquement. La mécanique tourne de 4 heures à 20 heures. À quai, dans un flux quasi continu, les camions déversent les vingt-six tonnes de leur benne dans quatre chalands, eux sur l’eau, et liés par de solides bouts. Une fois remplies, ces « barques » sont tirées par un remorqueur, jusqu’au minéralier dont les grues vont picorer la riche terre de nickel, lâchée ensuite dans les cales. Des rotations en mer comme celle-là, « y’en à dix par jour », note le pilote kanak à la barre du Jean-Marie. Adieu Calédonie, direction la Corée. La SMSP devrait générer, avec ce projet, un revenu net estimé entre 10 et 28 milliards de francs par an.
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