| Les voyagistes ont peur de mourir |
Avec la baisse de la commission allouée par les compagnies aériennes aux agences de voyages pour chaque billet vendu, ces dernières n’hésitent pas à prédire la mort de leur profession. Elles en appellent
à présent au gouvernement.
Augmentation des prix du billet d’avion et baisse de la commission sur la vente de chaque aller-retour. Pour les agences de voyages calédoniennes, l’équation en vigueur depuis mardi leur semble difficile à résoudre. Aircalin vient en effet d’abaisser sa commission à la vente du billet de 9 à 5 % (Air France l’avait fait au 1er mars, passant de 7 à 4 %) et revu dans le même temps sa grille tarifaire, qui prévoit une hausse moyenne de 3 %.
Et pour tenter d’influer la tendance, ces « détaillants » du billet d’avion n’ont aucune carte en main. L’envol des cours du pétrole ? Les voyagistes n’y peuvent strictement rien. Pareil pour la baisse de leurs commissions. De ce point de vue, les agences de voyages sont à la merci de leur seul et unique fournisseur : les compagnies aériennes. « La commission est un système de rémunération qui ne correspond plus à rien, indique Jean-Michel Masson, directeur général d’Aircalin. Elles ont progressivement disparu avec l’amélioration du système de réservation et d’émission de billet, qui ont nécessité de lourds investissements pour les compagnies aériennes et qui ont permis un gain de productivité énorme. » Autrement dit, la part du travail qu’assuraient les voyagistes comme par exemple l’établissement des correspondances s’effectue désormais en deux ou trois clics.
Système « plus transparent » contre dépôt de bilan
« Désormais, le mode de rémunération des agences est plus transparent, reprend le patron d’Aircalin. Les compagnies publient des tarifs nets et les agences y ajoutent les frais de service. » En Métropole, c’est ce système-là qui est vigueur depuis le 1er avril 2005. « Et nous avions prévenu les agences de ce changement dès 2001, assure Jean-Michel Masson. Elles nous avaient demandé du temps, nous leur en avons suffisamment donné puisque la disparition de cette commission se fait progressivement ». Une situation atypique vis-à-vis de la Métropole et de la quasi-totalité du reste du monde.
« Faux. En Polynésie, les agences perçoivent toujours 7 % », rétorquent les voyagistes, qui lient la baisse de leur commission avec celle de leurs revenus, estimée à 45 %. Selon les professionnels, les quatorze agences de voyage de la place reçoivent quotidiennement cent cinquante personnes et répondent à un peu plus de six cents coups de téléphone. « Est-ce que les compagnies aériennes pourront faire ce travail-là quand on aura disparu ? » C’est donc le spectre de la mort de la profession qui se profile, selon les acteurs du secteur, qui emploie environ cent cinquante personnes. Seule solution pour compenser ce manque à gagner : instaurer des frais de dossier. In fine, c’est le client qui paiera.
Aujourd’hui, et même si ces derniers étaient prévenus de ce calendrier inéluctable, les voyagistes tentent le tout pour le tout. Ils en appellent au gouvernement, vers qui ils s’étaient déjà tournés lors des derniers mois pour ralentir au maximum les échéances. Et n’excluent pas d’autres formes d’action.
|
|