Leur production d’oignons primeurs est arrivée sur le marché. Mais les exploitants agricoles de Pouembout n’arrivent pas à l’écouler en raison de stocks d’import encore trop élevés.
Aujourd’hui, c’est toute l’agriculture qui se dit menacée de disparition. Pour le centre de Pouembout, le premier du Nord et le troisième de Calédonie en termes de volume, l’avenir s’annonce sombre.
Les producteurs d’oignons de Pouembout sont en colère. Et, signe d’une catastrophe annoncée, ils le disent calmement. « On nous demande de faire plus de primeurs. On en fait. On nous demande de faire des efforts sur le prix, on accepte de passer de 300 F le kilo (prix pratiqué l’an passé) à 280 F malgré une hausse de nos coûts de 40%. Et au moment d’écouler notre marchandise, personne n’en veut. On se fout de nous ! »
Le centre de Pouembout, qui regroupe une dizaine d’exploitants sur VKP (Voh, Koné, Pouembout) pour une soixantaine d’hectares plantés, produit en moyenne 1 200 tonnes de légumes, dont 400 à 600 tonnes d’oignons suivant les années. Cette fois, la filière a tenté de s’organiser pour produire tout au long de l’année. D’où la pratique généralisée de semer très tôt, dès le 1er février pour certains. « On a réussi notre pari de faire de primeurs malgré des pluies très abondantes.» Seulement voilà, le 15 juin, à l’heure de vendre leur production, problème. « Les grossistes ont senti que le robinet de l’import allait se fermer. Alors, ils ont fait des stocks. Et ceux qui ne les ont pas écoulés ne jouent pas le jeu. Plutôt que de voir leurs oignons importés pourrir, ils les vendent en priorité et n’achètent pas nos produits. »
Autant dire que le ton monte... « Si nous, les primeurs, on ne vend pas, on va se retrouver en concurrence entre nous. Et on va vers un effondrement des cours. Ce qui, à terme, provoquera la disparition des agriculteurs. »
« Tu te bats pour produire, tu te bats pour vendre et tu te bats pour te faire payer »
Une disparition d’autant plus inéluctable que les coûts de production augmentent de façon conséquente. « En 2007, il fallait un million pour produire un hectare d’oignons. Cette année, on est passé à 1,4 million. On parle du coût de la vie, on dit que ça augmente pour tout le monde, mais pour nous aussi. »
Les producteurs de VKP dénoncent aussi des estimations erronées. « On nous annonce 150 tonnes de consommation mensuelle d’oignons. Si tel était le cas, on aurait déjà dû écouler 40 tonnes ! On est plus près des 1 200 tonnes annuelles que des 1 800 tonnes. » Enfin, ils pointent du doigt des marges de grossistes trop importantes. « Quand vous voyez qu’un kilo d’aubergines bord de champ est vendu 300 F et qu’on le retrouve à Nouméa entre 540 et 860 F le kilo, ce n’est pas possible! Il faut arrêter ça. »
Pour les exploitants du centre de Pouembout, « c’est presque désespérant. » Ils ne sont d’ailleurs plus très loin de baisser les bras. « Tu te bats pour produire, tu te bats pour vendre et tu te bats pour te faire payer. Combien de temps est-ce qu’on pourra encore tenir dans ces conditions ? »
Si la situation perdure, beaucoup n’iront même pas récolter leur production. Ils la laisseront pourrir dans le champs. « On s’est fait avoir une fois, on n’a pas l’intention de se faire avoir une deuxième fois. Quant tu te fais laver par un cyclone, tu te relèves même si tu te prends 300 F de perte par hectare. Mais si tu récoltes et que tu ne vends pas, c’est 1,4 million par hectare que tu te prends dans la vue ! »
Et quand on sait que ce qui se passe aujourd’hui avec les oignons, se répète avec les carottes, les choux et de nombreuses autres productions, on peut comprendre le désarroi et la colère des exploitants.
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