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  Provinces > Province Sud > Bourail - 04/07/2008    
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Massacre de requins à la Roche-Percée
En fin de semaine dernière, des enfants qui jouaient à l’entrée de la Roche-Percée ont découvert les restes de trois requins à proximité de l’arrêt du ramassage scolaire. L’association Bwarä tortues marines a déposé plainte pour « dépotoir sauvage ».

Prévenus de cette macabre découverte, les habitants de la Roche-Percée, les adhérents et amis de l’association Bwarä tortues marines, qui s’occupent plus particulièrement de la protection des œufs et de la survie des bébés tortues grosse tête sur le site, ne décolèrent pas.
D’après les premières constatations, les restes retrouvés sont ceux d’un requin-tigre de 3 mètres et ceux de deux requins citron de 2 mètres. Les squales ont été vraisemblablement pêchés dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Les pêcheurs, peu scrupuleux, les ont dépecés au petit matin et ont jeté les dépouilles à l’entrée de la Roche-Percée, à même l’arrêt de bus du ramassage scolaire.
« Ce massacre de femelles requins avec leurs petits dans le ventre, jetées dans un dépôt d’ordures sauvage avec de grandes nuisances (odeurs, rats…), voilà un comportement indigne à la veille du classement du récif au patrimoine de l’humanité », a déploré l’un des bénévoles de l’association Bwarä.
Scandalisés par cet acte irresponsable et cruel, les responsables de l’association tirent la sonnette d’alarme et rappellent que les requins, au même titre que les tortues grosse tête, sont menacés de disparition. Ce qui n’est pas sans conséquence pour l’écosystème marin. « Le requin est certes un prédateur, mais il est également un éboueur des mers. Il joue un rôle majeur dans la stabilité des écosystèmes marins. S’il venait à disparaître, certaines espèces de poissons se développeraient massivement, tandis que d’autres disparaîtraient à jamais », a rappelé Éric Clua, docteur en écologie marine et spécialiste des requins, basé à Nouméa.

« Lorsqu’un individu disparaît de son secteur, il met vingt ans à être remplacé »


Contacté par Fabrice Jalier, le président de Bwarä tortues marines, l’expert, tout en confirmant la menace qui pèse sur l’espèce, a levé un coin du voile sur ce super-prédateur qui suscite la peur même chez l’homme. « Les requins ont un mode de reproduction très lent, à l’exemple du requin-tigre qui porte ses petits de treize à seize mois. Lorsqu’un individu disparaît de son secteur, il met vingt ans à être remplacé. Un requin-tigre n’atteint sa maturité sexuelle qu’à l’âge de 10 ans et met trente ans pour atteindre la taille de quatre mètres. » L’éminent spécialiste a tenu également à préciser que les requins, contrairement aux rumeurs et aux préjugés, « ne sont pas aussi dangereux qu’on le dit ou qu’on voudrait le faire croire ».
En Polynésie française, hormis le Mako (Isurus oxyrinchus, espèce comestible) par arrêté ministériel du 28 avril 2006, la pêche au requin, la détention de tout ou partie de l’animal, sa vente sont interdites.
En Calédonie, des mesures allant dans le même sens ont déjà été prises, notamment en province Nord où la pêche, la capture, la commercialisation et la vente d’ailerons sont
interdites ainsi que la vente et l’achat de mâchoires. La province Sud, elle, étudie une réglementation pour la protection des requins qui devrait entrer en vigueur à la fin de l’année.
« Aujourd’hui, nous savons que, touristiquement, et donc économiquement, un requin vivant vaut mille fois le prix d’un requin mort. Et c’est justement parce que sur le territoire il reste des requins qu’il faut anticiper leur disparition », a conclu Fabrice Jalier. Une plainte pour « dépotoir sauvage » a été déposée par l’association Bwarä Tortues marines, pour protester et lutter contre ces gestes de destruction à l’égard des requins.

 

Les carcasses des requins massacrés ont été abandonnées sans scrupule à l’entrée de la Roche-Percée.
Le super-prédateur des océans, chassé par l’homme, notamment, pour la qualité gustative de ses nageoires, est aujourd’hui menacé de disparition.

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