L’absence au travail, légale ou illicite, a un impact sur l’économie, sans pouvoir être décryptée faute d’étude précise sur le territoire. Le manque de repères est criant, et par ricochet, la distinction entre la réalité et le mensonge est difficile. Pendant ce temps, le nombre d’accidents dans le cadre professionnel croît.
Le thème est aussi sensible qu’une boîte de nitroglycérine. Dans les couloirs, politiques, salariés ou syndicalistes en parlent avec des pincettes. La notion d’absentéisme inclut globalement les absences pour maladie, accident du travail, maternité, mais aussi, sans justificatif. D’où la crispation sur le sujet dans un contexte social souvent tendu. Paradoxalement dans une économie à la croissance remarquable, et contrairement à la Polynésie française en 2003, aucune étude précise sur la question n’a, ici, été réalisée. Un vrai manque.
L’absentéisme, « c’est une catastrophe pour les petites et moyennes entreprises, observe Nicole Moreau, présidente de la CGPME-NC. La chaîne de production est mise à mal, et l’événement est difficile à gérer. » Il y a le droit, l’arrêt de travail légitime, et à l’inverse, le trou dans l’organigramme injustifié, plus ou moins acceptable. Différentes formes existent, selon François Péronnet du Medef : absence « systématique de représentants syndicaux » occupés par l’organisation au-delà de leurs heures de délégation autorisées; absence « pour coutume »; absence « la veille ou lendemain de jour férié. C’est régulier », « le bobo du week-end déguisé en accident du travail de la semaine, ça arrive »; « la maladie de courte durée sans motif, que le médecin peut difficilement déceler »...
L’absentéisme, « c’est une catastrophe pour les petites et moyennes entreprises »
Bien entendu, le coût pour l’entreprise est réel, à trois niveaux. Outre le paiement du salarié arrêté et le ralentissement de la productivité, l’entrepreneur est amené à embaucher un intérimaire pour couvrir le poste. Bref, quel est le poids financier de l’absentéisme en Calédonie ? « C’est aujourd’hui impossible à chiffrer », indique Nicole Moreau, faute d’indicateurs fiables et surtout d’analyses idoines. D’autant plus que les arrêts maladie de courte durée, de 1 à 3 jours, ne sont pas saisis par le contrôle médical de la Cafat, car hors prestation. Et puis, la priorité gouvernementale ne semble pas aujourd’hui sur ce terrain, ajoute un spécialiste en droit du travail, mais davantage sur « la vie chère, le pouvoir d’achat ».
Une équation, elle, s’emballe. « Entre décembre 2006 et décembre 2007, l’effectif salarié a progressé (+6,1 % à près de 78 000) (...) Parallèlement, le nombre de demandeurs d’emploi moyen sur l’année a diminué de près de 7 % pour se situer à 6 572, niveau le plus bas depuis plus de dix ans », écrit l’Institut d’émission d’outre-mer dans son rapport annuel. La hausse de l’activité tire, bien entendu, le risque d’accidents du travail. Le fait est réel, selon les chiffres de la Cafat. La moyenne de journées d’arrêt par « sinistre » (1) s’allonge, passant de 39,5 en 2006 à 40,98 en 2007. Et les dépenses relatives aux indemnités journalières ont grimpé de 14,61 % l’an passé, atteignant plus de 808 millions de francs. L’absentéisme issu de l’accident lors de l’ouvrage « s’avère très élevé en Nouvelle-Calédonie », note la Direction du travail, dont les services accompagnés des équipes de la Cafat, des tribunaux et de la Médecine du travail mènent actuellement une étude axée sur la sécurité et la prévention. En attendant une réflexion plus globale sur l’épais dossier.
(1) Sinistres (accidents du travail, trajet, et maladies professionnelles) avec arrêt de travail indemnisés au cours de l’exercice.
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