| Emilie Perchard : doyenne de Témala |
Emilie Perchard vient de fêter ses 94 ans, ce qui en fait la doyenne de Témala, une tribu de Voh. Malgré son âge avancé, l’ancienne fabricante de saucissons continue de s’occuper de son potager, prépare elle-même ses repas et lit sans lunettes.
Elle vit seule depuis près de vingt-huit ans, retirée sur sa propriété de Témala. Émilie Perchard aime sa vie paisible. Et n’en changerait pour rien au monde. Faire son potager, profiter de la nature environnante et laisser le temps s’écouler suffisent à son bonheur.
Pour cette vieille dame née un jour de février 1914, la vie est un long fleuve tranquille. Avec son époux Louis, disparu en 1980, elle a beaucoup travaillé, elle a passé des journées entières dans les champs. Sans jamais se plaindre. Sans jamais baisser les bras. Elle a eu sept enfants qui lui ont eux-mêmes donné vingt-quatre petits-enfants, trente-trois arrière-petits-enfants et, près prochainement un arrière-arrière petit-fils ou petite-fille. Une grande famille qui n’a pas oublié la vie de sa sage ancêtre.
« Elle aimait nous raconter des histoires qui faisaient peur »
« Elle aimait chasser dans la Chaîne à cheval, raconte Véronique, l’une de ses petites-filles, qu’elle a élevée de sa naissance à ses quatre ans. Elle tirait au fusil et était très adroite. » Émilie et son mari vivaient de la fabrication de saucissons. « Quand on allait chez eux pendant les vacances, on les aidait à éplucher l’ail, à découper la viande et à couper le lard en petits morceaux », se souvient Véronique qui a gardé de cette époque un tas de bons souvenirs. « On passait toutes les grandes vacances chez elle. On partait juste après Noël et on revenait chez nous au début du mois de février. Le soir, on avait droit à la soupe traditionnelle. Si on voulait la suite, il fallait la manger, qu’on aime ou pas. » Le souper terminé, mamie Perchard se transformait en conteuse… « Elle adorait nous raconter des histoires de son enfance, surtout des histoires qui nous faisaient peur. Elle nous emmenait marcher dans la nuit en nous parlant de la dame blanche. On s’accrochait tous à sa robe tellement on était effrayés. »
La journée, malgré le labeur quotidien, elle savait prendre un moment pour occuper ses petits-enfants. « Elle nous a appris à faire des cabanes dans les brousses, à attraper des cigales avec de la gomme naturelle accrochée sur un bâton. On avait chacun un petit bocal où l’on mettait les cigales. Et quand ils étaient pleins, elle nous faisait griller les cigales à la poêle. »
Pour son anniversaire, la doyenne de Témala a eu la surprise de voir arriver Simone et Jacqueline, deux de ses filles, Véronique, sa petite protégée, trois petits-fils et quelques-uns de leurs amis. Elle en était presque intimidée, tellement émue qu’elle s’est contentée d’écouter tout ce petit monde s’ébattre autour d’elle. Sans dire un mot. Tout à son plaisir d’avoir à ses côtés des gens qui l’aiment.
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