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  Dossier > 20 ans d'accord - 18/06/2008    
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Tous les articles du dossier : 20 ans d'accord

Le temps des provinces
1990. La Nouvelle-Calédonie vit son printemps. C’est le temps des provinces naissantes, qui se mettent en place dans le calme revenu, avec beaucoup d’argent et un enthousiasme vivifié par l’exercice de nouvelles compétences. Ce sont, peut-être, les plus belles heures de la provincialisation.


La transversale Koné-Tiwaka est l’un des grands travaux de rééquilibrage que l’État s’était engagé à financer lors des accords Matignon-Oudinot. Il y avait aussi un port en eau profonde, qui ne s’est jamais fait alors que Jean-Marie Tjibaou souhaitait une « zone franche » à Népoui.

À l’État, d’abord, un an d’administration directe, de juillet 1988 à juillet 1989. L’expression est exagérée puisque le statut Pons continue à s’exercer. Mais l’exécutif est transféré au haut-commissaire, assisté d’un comité consultatif de personnalités nommées par décret pour représenter les principales familles du pays. Un an, c’est le temps nécessaire à un apaisement progressif des esprits et des cœurs au sortir de quatre années lourdes.
Aux Calédoniens, ensuite, la joie des urnes sans boycott. Ils désignent leurs représentants aux nouvelles assemblées de province le 11 juin 1989. Sans surprise, les indépendantistes sont majoritaires dans deux provinces sur trois, le Rassemblement dans la troisième. C’est la plus importante, celle du Sud, qui inclut une petite partie du sud de Poya, curieux compromis frontalier, étranger à toute logique géographique ou socio-économique. Au Congrès, réunion des provinces, le RPCR obtient pour la dernière fois la majorité absolue, avec 27 élus contre 19 au FLNKS.
Jacques Lafleur au Sud, Léopold Jorédié au Nord, Richard Kaloï aux Loyauté sont les premiers présidents de collectivités aux larges compétences, notamment dans le domaine économique. Outils de développement séparé ? On l’a dit. Outils surtout de partage du pouvoir et des responsabilités entre les deux grandes familles politiques calédoniennes. Outils de rééquilibrage aussi, d’abord sur les infrastructures publiques, avec une clé de répartition des dotations financières volontairement déséquilibrée en faveur des Iles et du Nord, au détriment du Sud.

La poignée de main a fait des enfants

Pour quelques années, les premières de la provincialisation, c’est le temps de l’enthousiasme et même, pourquoi avoir peur des mots, de la fraternisation. La poignée de main a fait des enfants. C’est l’époque de l’improvisation matérielle : les provinces campent où elles peuvent en attendant leurs locaux. C’est l’époque de l’improvisation juridique dans les méandres des nouvelles compétences. Il faudra ainsi monter jusqu’en Conseil d’État pour savoir qui, des provinces ou du territoire, a le droit de décider des périodes de pêche et de la taille commerciale des crabes… C’est le temps des bâtisseurs et des grands chantiers. Les sièges de province. Des lycées, des hôpitaux, des routes à goudronner et à ouvrir dans la chaîne. Une centrale électrique à Népoui. La transversale Koné-Tiwaka. Le Méridien à Nouméa. Des ports et des hôtels aux Loyauté.
La réforme foncière passe sous contrôle de l’État et de nouveaux outils poussent comme des champignons : Agence de développement de la culture kanak (ADCK), Groupements de droit particulier local (GDPL), Institut calédonien de participation (ICAP), programme 400 cadres.
Le pays bouge et ses hommes partagent, même le nickel. En avril 1990, pour tenir une promesse faite à Jean-Marie Tjibaou de faciliter l’entrée des Mélanésiens dans le monde de l’économie, Jacques Lafleur vend la SMSP à la province Nord, pour 1,8 milliard. L’État avance l’argent. La province devient petit mineur. Elle va rêver d’usine.

 



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