Les quelque 200 personnes qui vivent de la pêche au large traversent une crise depuis plusieurs années. Après l’effondrement du dollar et du yen, en 2003, voici la flambée du pétrole. Si rien ne bouge, ça va secouer, avertissent les professionnels du thon. Le gouvernement a reçu, hier, les représentants de cette toute jeune filière. Un schéma de sortie de crise a été adopté.
La pêche au large, c’est le thon blanc, ou jaune, servi à toutes les sauces et sur toutes les tables de restaurant.
Mais la pêche au large, chez nous, c’est surtout une bonne idée qui pourrait mal tourner. La filière est jeune, mais elle a déjà pris deux claques dans la figure. Et cette fois, avec le pétrole qui s’affole, elle pourrait bien ne pas s’en relever.
Petit rappel. Au début des années 2000, les autorités encouragent la pêche au large en accordant la défiscalisation des bateaux. Tout se prête, à l’époque, à l’émergence de la filière. Depuis des années, les eaux de notre zone économique sont protégées des chalutiers japonais, chinois ou américains, et les thons s’y plaisent.
Avant l’allégement d’impôt, une seule compagnie batifolait dans l’outre-récif, Navimon. Une exception dans le monde de la mer, où la pêche « récifo-lagonaire » est reine. « Les Calédoniens ne sont pas un peuple de marins, comme les Bretons, par exemple, dont les gamins partent en haute mer à 14 ans », explique Christophe Fonfreyde, de l’Observatoire économique de la pêche hauturière, affilié au gouvernement. L’explication est simple : le lagon a toujours donné ce qu’il fallait pour nourrir le pays.
Mais Navimon se porte bien, et les vocations ne tardent pas, défiscalisation aidant. Une vingtaine de licences sont accordées (27 aujourd’hui), pour six entreprises. La filière se crée et se tourne immédiatement vers l’exportation (le Japon et surtout les Samoa américaines), car le marché local est trop petit. Les « business plans » sont bons, « et même assez prudents », note Christophe Fonfreyde.
« Si tout se passe bien, il se pourrait que les prix baissent. »
Mais patatras. La valeur du dollar et du yen chute de moitié à partir de 2003, et le thon calédonien devient trop cher, avec un franc CFP adossé à un euro lourd. Du coup, les exportations chutent (-15 % en 2005, - 20 % en 2006).
L’an dernier, la pilule amère est enfin digérée, les ventes se stabilisent. Quand soudain, re-patratas : cette fois, c’est le pétrole qui flambe. « Je ne perds pas d’argent, ce serait mentir, reconnaît Jeff Huglon, patron d’Albacore et président de la Fédération des pêcheurs hauturiers. Mais le petit bénéfice que j’avais dégagé en 2007 est passé dans le gasoil, il a tenu seulement six mois. »
Aujourd’hui, les pêcheurs en haute mer disent ne plus tenir. L’an dernier, toutes entreprises confondues, les pertes se chiffraient en centaines de millions, d’après l’Observatoire économique.
Le ministre de l’Agriculture et des Pêches, Éric Babin, les a reçus au gouvernement, hier. Pour écouter leurs doléances, et leur livrer le résultat d’une étude sur leur filière. Le problème, tout le monde le connaît, c’est le gasoil. La solution, c’est autre chose.
Hier après-midi, après une réunion de trois heures, les collectivités et la Fédération des professionnels ont signé un document commun, avec quatre étapes pour passer cette nouvelle crise.
Et sur les étals ? « Si tout se passe bien, il se pourrait que les prix baissent, annonce Christophe Fonfreyde, avec l’approbation d’Éric Babin. Dans tous les cas, ce n’est pas fait pour qu’ils montent. »
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