École saccagée, chantiers vandalisés… Depuis quelques semaines, Kaméré est sous les feux de mauvais projecteurs. Comment en est-on arrivé là ? Éléments de réponse.
Kaméré au cœur de la cible
Une fois c’est à Montravel, une fois à Saint-Quentin, une autre fois ailleurs… Et en ce moment, c’est à Kaméré que la violence flambe et que les habitants se sentent en insécurité.
Bagarres ethniques à la résidence Cikobia, saccage régulier de l’école Desbrosse - « une exception », d’après la mairie -, chantiers régulièrement « visités », pour ne pas dire plus. « Plusieurs maisons en construction ont été saccagées gratuitement, décrit un artisan directement concerné. Les baies vitrées ont été explosées, une piscine remplie d’objets. Une cuisine a même été mise à feu. Maintenant, on ne laisse plus rien la nuit. » Quant aux entreprises voisines, comme Biscochoc, il y a bien eu des « tentatives d’intrusion », mais les alarmes ont joué leur rôle.
En préambule à une tentative d’explication, les travailleurs sociaux insistent sur leur volonté de « ne pas stigmatiser les jeunes de Kaméré ». Les délits sont l’œuvre d’une minorité, pas de l’ensemble.
Outre les fléaux de l’alcool et du cannabis, qui touchent tous les quartiers, Kaméré a une particularité : c’est un quartier jeune et encore en construction. De nombreux logements sociaux continuent d’ailleurs d’y pousser. De là, découlent différentes thématiques.
Manque d’infrastructures
Des habitants de Kaméré se plaignent : « Dans notre quartier il n’y a rien, alors qu’à Tindu ils ont tout et nos jeunes ne peuvent pas y accéder. » Les travailleurs sociaux et la mairie reconnaissent encore un manque de structures, « mais pas de projets ». Si Sophie Ricord, éducatrice spécialisée en prévention de la délinquance, insiste sur le fait que « la maison de quartier de Tindu n’est pas réservée aux gens de Tindu, elle est ouverte à l’ensemble de la presqu’île de Ducos », elle admet aussi un peu plus tard que « les jeunes de Kaméré n’ont pas d’endroit où se retrouver ensemble le soir ». Propos tempérés par Victor Obade, animateur à la maison de quartier : « On a déjà fait une réunion à Kaméré pour expliquer nos activités, notre fonctionnement, etc. »
Au contrat d’agglomération, Nicole Carriconde assure que « la population a été concertée pour les projets à venir ». Histoire de l’impliquer et qu’elle ne se retrouve pas avec des équipements qui ne lui conviennent pas. « On réfléchit à la création de lieux de vie. Mais il faut du temps. »
Derrière le collège, un pôle sportif voit le jour. Plus tard, ce sera le tour d’un parc pour enfants et de jardins familiaux. Enfin.
Des parents dépassés
« Et les parents, ils sont où ? interpelle Stan Heafala, lui aussi éducateur dans le quartier. Ce n’est pas normal que les gamins soient dehors si tard. Il y a un relâchement à ce niveau-là. » Les parents sont souvent dépassés par le mode de vie de leurs propres enfants, souvent plus urbain que le leur, plus océanien.
« Quand ils arrivent, les gens se cherchent : comment être parent ? Ils ne savent pas s’ils doivent intervenir auprès des enfants des autres », poursuit Stan Heafala. Surtout que dans un nouveau quartier, personne ne se connaît, du moins au début.
Les chiffres disent que très peu de personnes passent directement de la tribu au logement social de Nouméa. Il n’en demeure pas moins qu’une très grande majorité de ceux qui accèdent à ces logements sont des Océaniens : Kanak ou Wallisiens. Et entre 12 % et 15 % des gens qui accèdent à un logement social viennent des squats, où la vie s’organise souvent comme en tribu.
Une vie associative embryonnaire
Autre conséquence de la jeunesse du quartier, la vie associative y est embryonnaire. Or, « c’est aussi aux habitants de faire vivre leur quartier », assure Nicole Carriconde.
Malgré quelques tentatives, aucune association forte n’est là pour organiser la vie et représenter l’ensemble des habitants. « Pour l’instant, ont remarqué les travailleurs sociaux, c’est plus un ensemble de microquartiers qu’un vrai quartier. »
Bref, à Kaméré, tout reste à faire. Ça urge.
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