Les accords Matignon-Oudinot sont nés à Paris de la pression des Événements. L’accord de Nouméa est au contraire un enfant du pays, librement négocié entre partenaires locaux. Il ouvre le temps du destin commun, dans une souveraineté partagée qui va progressivement au-delà de tout ce qui était imaginable voici vingt ans. Une parenthèse chasse l’autre.

L’accord de Nouméa a été signé deux fois. D’abord le 21 avril, entre partenaires locaux, puis avec l’État de Lionel Jospin, le 5 juin 1998, au lendemain de l’inauguration du centre Tjibaou.
Deux ans ont passé à régler le préalable minier. La Calédonie est déjà dans l’année même du référendum. Il y a urgence. Tout s’accélère et va se jouer en moins de deux mois épuisants.
Le 24 février 1998, à Paris, les partenaires font le bilan des accords Matignon-Oudinot. Il est « positif » pour le RPCR, « mitigé » pour le FLNKS. À partir du 25, ce sont le FLNKS et l’État qui discutent, plus de cinquante heures, sur la question du contentieux colonial.
Fin mars, Alain Christnacht vient à Nouméa présenter un premier jet de l’accord qui bute encore sur la durée du futur statut et la composition du corps électoral restreint, exigences des indépendantistes qui irritent le RPCR. Jacques Lafleur menace d’aller directement au référendum.
Le 4 avril, le FLNKS repart à Paris. Il y est rejoint le 7 par le RPCR. La rencontre est tendue, on frôle la rupture définitive et puis, miracle, on se réconcilie à la calédonienne, autour d’un pot, et l’on convient de se revoir à Nouméa.
Derniers rounds
Les derniers rounds se jouent ici même, entre le 14 et le 21 avril. Durant trois jours, le tandem Christnacht-Lataste, émissaires du gouvernement (le premier a été haussaire, le second le sera à son tour), organise des réunions bilatérales et reprend un à un tous les points du projet. Les avis des uns et des autres sont analysés, des solutions intermédiaires dégagées. Les uns après les autres, les points d’accord sont consignés, jusqu’à former un tout cohérent et accepté par les deux camps.
Le vendredi 17 avril, le dossier semble au point. Le RPCR veut signer, mais le FLNKS recule et souhaite profiter du week-end pour réunir une dernière fois son bureau politique. L’UC n’est pas complètement satisfaite de la notion de citoyenneté. Christnacht contacte Jospin, Lafleur ne s’oppose pas : la citoyenneté sera inscrite dans la loi constitutionnelle. Ouf !
Le lundi 20, les partenaires se retrouvent. Pour signer, comme tout le monde s’y attend ? Eh bien non. Cette fois, c’est le Rassemblement qui bloque sur la composition du corps électoral. Les délégations se quittent.
Le 21 avril, enfin, Alain Christnacht consulte Paris et ses partenaires locaux. Un accord se dégage. Une réunion est programmée pour le soir même, à 20h15. Le texte circule. Le RPCR l’accepte le FLNKS aussi. Re ouf !
Petite signature entre amis
C’est fait ! Les partenaires signent dans la foulée : Roch Wamytan, Paul Néaoutyine, Charles Pidjot et Victor Tutugoro pour le FLNKS ; Jacques Lafleur, Pierre Frogier, Simon Loueckhote, Harold Martin, Jean Lèques et Bernard Deladrière pour le RPCR ; Alain Christnacht et Thierry Lataste pour le gouvernement.
Le champagne circule, les délégations s’embrassent et sortent sur le perron du haussariat pour annoncer la naissance de leur fils métis, pour dire que l’avenir de la Nouvelle-Calédonie vient d’être scellé pour vingt ans, dans la paix et par le dialogue.
Le 21 avril, c’est une petite signature entre amis. Il y en aura une autre, quinze jours plus tard, tout à fait officielle. Pour l’occasion, ils sont venus, ils sont tous là : Lionel Jospin, Premier ministre, Michel Rocard, ex-Premier ministre, Catherine Trautman, ministre de la Culture, Jack Lang, ex-ministre de la Culture, Jean-Jack Queyranne, ministre de l’Outre-Mer. Et puis des parlementaires et ministres du Pacifique : Ian Sinclair, l’Australien, Tau Henare, le Néo-Zélandais, Sir Geoffrey Henry, des îles Cook, Donald Kalpokas, du Vanuatu, pour ne citer qu’eux. Ce n’est pas tous les jours que la Nouvelle-Calédonie fait coup double. Le 4 mai, elle inaugure le centre culturel Tjibaou. Le 5 mai, elle signe l’accord de Nouméa.
Le matin, Lionel Jospin est allé dire à l’ombre de Jean-Marie Tjibaou, sur sa tombe à Tiendanite, que son message de paix a été entendu. L’après-midi, dans les salons de la Résidence, le temps se fige, solennel, historique. Le Premier ministre et les délégations du RPCR et du FLNKS signent. Ils engagent la Nouvelle-Calédonie dans un processus de stabilité institutionnelle et de large émancipation.
Par référendum, les Calédoniens l’approuveront à 72 %.
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