| 24 millions détournés en forme de « délit virtuel » |
L’un des ex-fondateurs de la Calédonienne de service bancaire a fait appel de sa condamnation à 13 mois ferme et 30 millions d’amende. En piratant des cartes bancaires, il avait détourné un pactole estimé à 24 millions. Délibéré le 2 septembre prochain.
Une scolarité exemplaire, les meilleures grandes écoles (centrale Paris, université de Stanford), une trajectoire sans faute jusqu’à un « accident situationnel ». A entendre son avocat, voilà à quoi se résume la vie de Jacques Thillier, ancien cadre de la CSB (Calédonienne de service bancaire), par ailleurs cofondateur de cette société qui assure l’exploitation des moyens de paiement des banques de la place. En octobre dernier, cet homme de 51 ans, aujourd’hui reconverti dans la prestation de services, avait trouvé la main du tribunal un peu trop lourde à son goût. Raison pour laquelle il avait fait appel de sa condamnation à 23 mois dont 13 ferme et une amende de 30 millions. Une peine sanctionnant un joli tour de passe-passe informatique : en piratant des cartes bancaires, l’ex-cadre avait réussi à retirer aux guichets un joli petit pactole : 24 millions selon l’accusation, un montant que lui chiffrerait plutôt à cinq ou six millions, pas plus. L’affaire a donc été de nouveau examinée mardi par la cour d’appel.
L’accident en question ? « Il a eu entre les mains deux clés de cryptage qu’il n’aurait pas dû avoir et qui lui ont suffi à faire voler en éclats un système de sécurité », explique son avocat, Me Frédéric De Greslan. Grâce au réseau informatique auquel il a accès, le pointu ingénieur repère les « bons clients » : des touristes fortunés ou des joueurs de casino, principalement de passage en Calédonie. Il pirate leurs coordonnées bancaires, les utilise sur des fausses cartes qu’il confectionne et enchaîne les (petits) retraits aux distributeurs automatiques, pour que l’opération passe presque inaperçue.
« Je me suis pris au jeu »
Un engrenage infernal. « Je me suis pris au jeu. Intellectuellement, c’était excitant de tromper la machine par-devant alors que je pouvais le faire par-derrière (sic) : pour cela, il m’aurait suffi d’ouvrir le distributeur pour prendre les billets. » Trop facile, pour l’ex-cadre qui assure n’avoir retiré de ses actes passés que « dégoût ». « C’était plus fort que moi. » Accessoirement, l’argent lui a aussi permis de voyager, de payer une réservation pour un terrain et aussi de « faire les courses et les pleins d’essence ». Aujourd’hui, il estime être un pestiféré dans la profession, doit lutter « contre un cartel », y compris pour ouvrir un compte professionnel. « Cette histoire, c’est l’affaire de ma vie », résume-t-il.
Une formule reprise au vol par le président de la cour. « Pour l’affaire de votre vie, on aurait attendu un peu plus de sincérité de votre part. » Allusion, selon le magistrat, à sa volonté de minimiser l’ampleur des détournements. Un argument repris par l’accusation : « on tente de nous résumer cette affaire à une pathologie, insiste Danielle Ozoux. Mais un joueur accepte de perdre. Sauf que le prévenu est toujours dans une logique de calcul. » L’avocate générale entend bien enfoncer le clou. « Aujourd’hui, il vit mieux que ceux qui sont au Camp-Est pour un cambriolage. » Elle demande quatre ans, dont deux ferme.
Côté défense, on explique le glissement par « l’amertume d’avoir été écarté du conseil d’administration, alors qu’il s’est donné sans compter pour mettre sur pied la société ». Me Frédéric De Greslan conteste en outre le préjudice financier de la CSB, « qui n’a pas perdu un centime et a même gagné des clients ». Ajoutez à cela aucune constitution de partie civile chez les possesseurs de cartes piratées et vous obtenez le concept de « délit virtuel ». Un Kerviel local, en quelque sorte.
La cour a mis sa décision en délibéré au 2 septembre prochain.
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