Voté le 27 juin par l’assemblée de la province Sud, le « Programme de re-mobilisation pour l’emploi après Goro » (Prego) a été officiellement lancé sur le site de l’usine, hier, à l’occasion d’une journée d’information reconduite aujourd’hui.
Thierry est originaire du Mont-Dore. Il travaille à la buanderie de la Sodexho, sur le site même. Il sait que son emploi va prendre fin avec l’achèvement du chantier. Il est venu voir, se renseigner sur la possibilité de « trouver un autre boulot », ailleurs peut-être, ici s’il le peut, parce que « ici, c’est bon ». Il est l’un des rares à être certain de sa démobilisation prochaine. Parmi ses camarades de la Sodexho, beaucoup disent qu’ils sont encore dans l’incertitude, qu’on ne leur a pas dit qui partira et qui restera pour faire tourner ce qui subsistera de la base vie à la fin du chantier.
Bernard est de Lifou. Il est employé par Cape, un sous-traitant en échafaudages. L’an dernier, il était encore étudiant en licence de géographie à l’Université. Il a basculé dans le monde du travail pour aider ses parents, et l’expérience ne lui déplaît pas. Il ne sait pas, lui non plus, si Cape le gardera ou s’il devra partir, ni quand. En attendant, il est venu voir s’il peut trouver une formation pour rester à l’usine, ou sur la mine. Travailler tout en achevant ses études, voila qui lui plairait.
Pour Thierry, pour Bernard, et pour des dizaines d’autres qui sont passés hier par les stands du Prego installés sous des tentes, près de la salle polyvalente de la base vie de Goro Nickel, il y avait effectivement de quoi s’informer. La province avait délégué son Service Emploi Formation, et il y avait sur place une représentation de l’Institut pour le développement des compétences (IDC), des organismes de formation (IFPA, Chambre de commerce, Chambre de métiers), la Fédération des industries, le syndicat professionnel du bâtiment et les structures de promotion de micro-projets comme l’ADIE ou NCI, pour ceux qui voudraient monter leur propre affaire. Il y avait même trois sociétés de travail intérimaire.
Sur le chantier, quelque 1 500 personnes doivent être démobilisées d’ici mars 2009
Car c’est bien d’emploi qu’il s’agit. Sur le chantier de Goro Nickel, quelque 1 500 personnes doivent être démobilisées d’ici mars 2009. C’est à leur intention, même si les employés directement concernés ne perçoivent pas encore la menace comme immédiate, que la province Sud a élaboré et voté le Programme de re-mobilisation pour l’emploi après Goro. À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. La collectivité, aidée par la Cafat, la Nouvelle-Calédonie et l’industriel lui-même, a prévu de consacrer 2,2 milliards au reclassement des salariés en fin de contrat sur le chantier de l’usine du Sud.
Les aides proposées prendront différentes formes : une indemnité de chômage augmentée de 20 000 francs par rapport au régime commun à condition de suivre l’accompagnement Prego, une prime de reclassement pour inciter les démobilisés à se réinsérer rapidement (500 000 francs s’ils le font dans les trois mois, 200 000 francs dans les six mois), un remboursement de charges sociales pour les employeurs recrutant des démobilisés de Goro et enfin des aides à la création d’entreprise. Le tout assorti d’un vaste dispositif d’accompagnement social, notamment pour l’information et le suivi des personnels à reclasser.
Hier, et aujourd’hui encore sur le site, pour les employés, l’heure était à la découverte de ce dispositif en leur faveur. L’ennui est que bon nombre de ceux qui seront démobilisés ne savent pas encore s’ils le seront réellement, ni quand. Il semble en effet que, hors les grosses entreprises qui savent où elles vont, bon nombre de sous-traitants, voire de sous-traitants des sous-traitants, ont l’espoir de remporter jusqu’au dernier moment quelques derniers marchés, et répugnent à annoncer clairement leur intention de se séparer d’un personnel formé, bien utile au cas où.
Mais peut-on maintenir le personnel dans l’ignorance jusqu’au dernier moment alors que c’est dès maintenant que se met en place le dispositif Prego ? Il y a là une vraie question de responsabilité et de citoyenneté des entreprises.
|
|
|
A la une |
|
|
 |
|