Sur la grosse vingtaine d’établissements de Nouméa enregistrés en tant que commerces de détail de tabac au RCS (registre des commerces et des sociétés), ils seraient cinq ou six à disparaître prochainement.
Même si certains tirent leur épingle du jeu, tous sont unanimes. Seule, l’activité de vente de tabac et de presse n’est pas viable. Et pour ceux qui sont là depuis suffisamment longtemps pour analyser le marché, leur chiffre d’affaires connaît une érosion lente mais certaine depuis quelques années. À qui la faute ? Le premier visé, c’est le gouvernement, et le manque de législation en la matière. « En Métropole, il faut une autorisation spéciale pour vendre du tabac. En Calédonie, n’importe quel commerçant patenté peut acheter des cigarettes à la Régie des tabacs », explique un des commerçants de la place. Mais ceux qui leur font réellement de l’ombre, au point de les éclipser complètement, ce sont les stations-service. « Nous ne pouvons pas rivaliser, certaines sont ouvertes 24h/24. La plupart des clients font d’une pierre deux coups, lorsqu’ils font le plein, ils achètent leurs cigarettes. De plus, il est toujours plus facile d’y stationner. Nous avons bien essayé de faire pression pour qu’ils ne puissent pas en vendre, mais à côté des grands groupes pétroliers, c’est le pot de terre contre le pot de fer. » Il y a aussi la hausse des prix, qui semble jouer un peu sur les ventes, mais pas autant qu’on aurait pu le penser. Le gouvernement, conscient des difficultés des commerçants, a accordé au mois de mars une augmentation de leur marge fixe. Elle est passée de 10 à 12 %.
« C’est le pot de terre contre le pot de fer »
Bien sûr, tous n’ont pas le même discours. D’ailleurs certains viennent tout juste de reprendre un commerce ou d’en créer un. Et pour eux, qui sont dans des quartiers très fréquentés, ou qui ont eu des idées originales pour faire vivre leur magasin, les affaires marchent plutôt bien. C’est le cas d’Oxford Street, situé dans la galerie commerciale La Promenade, à l’Anse-Vata. Pour son responsable, qui multiplie l’offre de biens et de services, le tabac n’est qu’un simple produit d’appel. La presse est un peu plus intéressante, avec environ 18 % de marge, mais elle connaît également des difficultés, sauf dans des secteurs bien particuliers comme la presse adulte, très prisée de nos voisins japonais, chez qui les images sont floutées. Au tabac-presse Moana, idéalement placé au Quartier-Latin, le tabac marche très fort. Mais la gérante confie que « le gros du chiffre d’affaires se fait avec les cadeaux ». Même si elle n’affiche pas encore la pancarte « à vendre », dès qu’un acquéreur se présentera, elle se séparera de son commerce « sans regrets ». La patronne du tabac-presse du Village a décidé, quant à elle, de garder son emplacement de choix pour se reconvertir dans l’alimentaire. La profession est donc en train de disparaître et c’est peut-être un juste retour des choses puisqu’en Calédonie, le tabac a toujours été vendu dans tous les commerces.
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