À Tindu, la montée de la délinquance inquiète de plus en plus les habitants, qui se sont retrouvés une nouvelle fois, hier soir, pour trouver des solutions. Deux policiers ont fait le déplacement pour entendre les doléances. Il y a urgence.
Ils sont venus en nombre, hier, alors qu’il n’y avait ni barbecue, ni bingo. La situation d’urgence est décrétée à Tindu. Samedi dernier, l’Association des locataires de Tindu a rassemblé quelques locataires de la cité pour trouver des solutions. En vain. Des jeunes s’étaient armés pour en découdre avec ceux qu’ils pensent être les auteurs des multiples dégradations qui touchent leur quartier depuis plusieurs semaines. Heureusement, les anciens les en ont dissuadés et ont demandé aux institutions de les rejoindre, hier soir, pour trouver une solution avec eux. Seuls deux fonctionnaires de la police nationale et un représentant du sénat coutumier ont jugé utile de faire le déplacement mais, à la tombée de la nuit, le quartier n’était peut-être pas suffisamment éclairé pour la mairie, la province Sud et le gouvernement, qui ont brillé par leur absence.
Concrètement, les habitants se plaignent de vols de linge, de nourriture, de voitures qui se retrouvent incendiées par, disent-ils, « une bande de jeunes, armés, qui vivent dans des cabanes sur la presqu’île de Ducos. Ils ont été expulsés de chez eux pour des problèmes qui les regardent, pour mettre la zizanie au squat de la Quarantaine, à Rivière-Salée, puis à Pierre-Lenquette, à Montravel, et maintenant, ils sont ici. Il ne faut pas qu’un petit groupe essaie de casser ce qu’on met en place pour construire un pays ! », prévient Seiko Hnawia, le secrétaire de l’association des locataires.
« On n’envoie pas si facilement les mineurs en prison. Le pays manque de structures »
Gilbert Gaïca, le président de l’association, est bien conscient que « ce n’est pas le rôle d’une association de faire la police, mais la police n’est peut-être pas assez efficace ». La cité de Tindu, l’une des premières de Nouméa, se trouve dans un quartier isolé. « Les bus s’arrêtent en fin d’après-midi, les jeunes du quartier ne peuvent pas aller en ville le soir, ni au cinéma. À croire qu’on ne veut pas des Océaniens dans la ville ! »
Tous les habitants étaient invités à s’exprimer et, pour les victimes, à raconter ce qui leur était arrivé. Marie-Louise a eu la visite de jeunes voleurs, une nuit. « Ils sont venus prendre des outils sur ma terrasse et ont volé dans le frigo. Plus tard, des jeunes du quartier étaient en bas et ils ont été contrôlés par la police, avec des cuisses de poulet. Ceux qui m’ont agressée et lancé des cailloux, ce sont des jeunes d’ici. Quand un enfant est mineur, à 8 ou 15 ans, il n’a rien à faire dehors, à 4 heures du matin. J’ai refusé de déposer plainte car, après, ils sont marqués à l’encre rouge », dit-elle à l’assemblée. Un habitant de Marconi s’étonne, lui, que « des mineurs arrêtés pour des vols de voiture sont relâchés aussitôt ».
Le capitaine Bourrat, qui supervise les commissariats de quartier, répond aux reproches. « On n’envoie pas si facilement les mineurs en prison, d’autant plus que le pays manque de structures. La délinquance augmente partout, c’est un phénomène naturel. Il faudrait peut-être agir aussi sur la consommation d’alcool. Dans les faits, les jeunes qui cambriolent recherchent de l’alcool et de l’argent. Le gros problème, c’est souvent l’éducation. » Et de conseiller : « Quand on est victime, on dépose plainte, on vous invite à témoigner. »
Un habitant le reprend : « Nous, on tapait pour éduquer nos enfants, mais la société française nous dit de ne pas le faire ! » Les locataires veulent une décision radicale, immédiatement. En fin de soirée, ils ont finalement décidé de déposer une pétition au commissariat de police pour demander l’expulsion des jeunes de la presqu’île de Ducos. Reste à savoir si la délinquance disparaîtra vraiment du quartier . Pas si sûr.
Une chose est certaine. Les habitants sont prêts à se faire justice eux-mêmes si une réponse concrète n’intervient pas très rapidement. « On veut les faire dégager de la cabane ! » Et ils le feront, avec ou sans la police.
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