L’Avenir ensemble, toutes tendances confondues, doit passer aujourd’hui au Congrès du statut de premier groupe non indépendantiste à celui de quasi-fantôme, absent d’instances essentielles de l’institution. C’est la conséquence de la division du parti et d’une lecture pointilleuse du règlement intérieur du Congrès par le Rassemblement. Chacun des deux camps s’accuse de « trahison » et rejette évidemment la faute sur l’autre.
C’est sans doute ce que l’on appelle une stratégie perdant/perdant : s’il n’y a pas eu d’évolution dans la nuit, et si le quorum est bien réuni ce matin à l’ouverture de la session administrative, il n’y aura plus de groupe Avenir ensemble au Congrès. Plus du tout. Ni d’un camp, ni de l’autre.
Certes, quelques personnalités vont surnager parmi les 13 membres du bureau (vice-présidences, secrétaires et questeurs). Mais les deux courants de l’Avenir ensemble, qui réunis constituaient avec 17 élus la première force non indépendantiste du boulevard Vauban, doivent aujourd’hui disparaître totalement des instances législatives essentielles que sont les commissions intérieures, la commission permanente et les représentations extérieures du Congrès. Virés, en quelque sorte. De leur propre faute, à cause de l’éclatement du parti, mais aussi grâce à un petit coup de pouce du Rassemblement qui doit, sans le dire, s’amuser de voir ses adversaires d’hier dans une situation d’exclusion encore plus forte que celle qu’il avait connue après l’alternance de 2004…
Pour des raisons de stabilité et d’organisation, le fonctionnement du Congrès calédonien, comme celui de beaucoup d’organes législatifs, s’appuie sur la notion de « groupes » politiques. Ce sont eux, et eux seuls, qui peuvent présenter des listes de candidats représentatives des formations politiques de l’assemblée, et qui peuvent prétendre à des moyens en personnels, locaux, transports et frais de documentation et de communication.
À force de se disputer, les deux Avenir ensemble se sont mis le bec dans l’eau.
Pour constituer un groupe boulevard Vauban, il faut être au moins six élus. Parce qu’elle ne souhaitait aucun rapprochement, ni avec le Rassemblement, ni avec d’ex-élus Front national, la tendance Martin/Leroux de l’Avenir ensemble, avec quatre élus, ou même cinq en comptant Christiane Gambey qui n’a pas démissionné du groupe Avenir ensemble, était de toute manière dans l’impossibilité d’atteindre le seuil et de constituer un groupe.
Mais avec 12 élus, la tendance Gomès le pouvait, et comptait le faire. Il lui suffisait, pensait-elle, de remettre au président du Congrès une démission du groupe officiel Avenir ensemble et une déclaration indiquant le nom du nouveau groupe (ce devait être « Ensemble pour l’avenir »), signée de tous ses membres. C’était jusqu’ici l’usage, et l’UC l’avait employé dans des circonstances plus ou moins similaires en avril 2000 pour se séparer du FLNKS au moment où le torchon brûlait entre indépendantistes. Il semblait donc s’agir d’une pratique constante, utilisée depuis la première mandature de l’accord de Nouméa. Sauf que, cette fois, le Rassemblement, qui préside le Congrès, a ressorti le règlement intérieur et substitué à l’usage une application stricte du texte qui précise que la déclaration de groupe doit être déposée « dans les trois jours qui suivent l’installation du Congrès ou en cas de modification de la composition du Congrès, pour quelque cause que ce soit ». Or, il n’y a eu ni décès, ni démission pouvant changer la composition du Congrès, seulement une recomposition de l’équilibre interne d’un parti.
Et à supposer que le règlement intérieur évoque l’installation annuelle et non initiale du Congrès, la constitution d’un nouveau groupe ne serait donc possible que dans trois jours à partir d’aujourd’hui. Trop tard pour l’attribution des postes dans les commissions.
À force de se disputer, et d’oublier qu’à la guerre on finit par se tuer, les deux Avenir ensemble se sont mis le bec dans l’eau. Et tout le monde crie au loup en accusant l’autre.
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